Semi de Paris 2014

Après une bonne nuit de sommeil, il est rare que dorme aussi bien avant une compétition, je me suis extirpé du lit vers 7h pour aller prendre mon petit déjeuner. Celui-ci se compose d’une bonne part de « Gatosport », d’un verre de jus d’orange et d’une tasse de thé.

Je me suis fait une grosse frayeur car au moment de m’habiller, il me manque la moitié de mes affaires. Comme je dors chez mon oncle la veille de la course, car nous partons courir en famille, j’ai toujours la crainte d’oublier une partie de mes affaires. Ouf ! Je suis vite rassuré : je les avais juste mis de côté pour sortir l’ordinateur de mon sac.

Pas de questions existentielles sur la tenue, pour moi c’est toujours cuissard et T-shirt à manches courtes. C’est la tenue dans laquelle je me sens le plus à l’aise. Malgré les 3°C affichés par le thermomètre, je ne suis pas particulièrement inquiet. Je sais que dès que la course va commencer j’aurais chaud. J’aurais bien aimé mettre un peu de crème chauffante sur mes cuisses, mais impossible de retrouver le tube. Tant pis, je vais devoir m’en passer.

Je vérifie que ma Garmin est chargée, ainsi que mon téléphone portable. Tout va bien, je suis prêt à affronter le défi de mes 40 ans. Et oui ce semi tombe le jour de mes 40 ans ! Je suis bien décidé à exploser mon record sur la distance qui est de 1h36’20’’ sur la même épreuve l’année dernière. Et même si possible passer sous la barre des 1h30’. Ce deuxième objectif me paraît plus difficile à atteindre mais pas irréalisable.

C’est à 4 que nous prenons la route vers la ligne de départ. Il y a mon oncle, ma cousine et Alain un copain du club. Ma cousine s’est inscrite dans le sas des 2h, mon oncle dans celui des 1h50 et Alain et moi dans celui des 1h35.

Il fait un temps magnifique et malgré les 3°C indiqué par le thermomètre, je suis serein.

Après avoir garé la voiture Route de la Pyramide à 1,5 km de la ligne de départ, nous marchons pour gagner nos sas respectifs. Avec le soleil, cette journée s’annonce prometteuse. Nous pénétrons dans le sas des 1h35 vers 9h30 et nous profitons du fait qu’il n’y ait pas encore trop de monde pour nous échauffer un peu en trottinant. Les coureurs commençant à arriver, nous prenons position en attendant le départ. Pendant ce temps, je bois un peu de « Powerade » et je prends un tube de gel, histoire de ne pas toucher à mon stock d’énergie.

Dans ma tête revient l’éternelle question de la stratégie de course. Faut-il profiter de la descente pour capitaliser de l’avance au risque de souffrir sur la deuxième partie du parcours ou au contraire essayer d’être le plus régulier possible ? Je n’ai pas vraiment la réponse mais je pense faire comme d’habitude, écouter mon corps et faire au mieux.

Départ du semi de Paris Crédit photo: Maindru Photo

Source: maindru photo

Départ du semi de Paris
Crédit photo: Maindru Photo

A 10H le départ est donné pour les élites et le sas rouge, puis vient le départ pour le sas jaune dont je fais partie. Je franchis la ligne de départ à 10h06. C’est un moment difficile car j’ai l’impression de ne pas pouvoir avancer dans cette cohue. En plus avec mon gabarit, j’ai beaucoup de mal à me faufiler pour avancer, j’ai l’impression de piétiner et j’enrage. Au fond, ce n’était peut-être pas si mal, ça m’a permis de ne pas partir trop vite. Le problème quand on part dans un sas qui ne correspond pas à son objectif est qu’il est difficile de se mettre à la bonne allure. La Route de la Pyramide me paraît interminable. J’ai l’impression de ne pas avancer. Pourtant, en regardant la courbe d’allure, je vois que j’ai été assez régulier. Il faut dire qu’on ne peut pas trop modifier l’échelle des allures dans garmin connect… J’aurais peut-être dû tenter de passer sur les côtés comme l’ont fait nombre de coureurs mais je trouvais ces chemins un peu boueux risqués. Je vois le meneur d’allure des 1h35’ un peu plus loin devant moi, il se trouvait en tête du sas.

Rapidement, je sens une douleur dans le côté droit. Point de côté ? Douleur liée à ma hernie inguinale ? Je ne sais pas vraiment. Ce n’est pas très douloureux mais un peu gênant. J’espère que ça ne va pas s’aggraver…

Je franchis l’arche des 5 km Avenue de Gravelle en 21’35’’ soit une allure de 4’15’’/km. J’ai failli rater le premier ravitaillement car j’étais trop concentré sur l’itinéraire. Je prends juste une bouteille d’eau et un tube de gel, il a une texture assez épaisse qui me laisse la bouche sucrée. Je me fais la réflexion que les gels liquides constituent un gros progrès car ils ne laissent pas cette sensation désagréable de sucre dans la bouche, mais bon, il faut bien écouler le stock qui me reste. Avec le celui que j’ai pris avant le départ j’ai l’impression d’avoir pris trop de sucre. Un gel tous les 5 km c’est trop, il vaut mieux suivre les préconisations actuelles qui sont de un tube tous les 7-8 km.

A partir du 6ème km je commence à monter sur les trottoirs pour pouvoir dépasser le porteur de drapeau des 1h35, mon objectif n’étant pas de faire 1h35 mais bel et bien 1h30. Il y a un gros attroupement autour de lui et il est préférable de s’écarter pour le dépasser. J’y arrive vers le 7ème km.

On franchit la porte de Charenton et on arrive sur l’avenue du même nom qui est plus large que l’avenue de Gravelle. C’est un moment de détente où l’on peut courir un peu plus librement.

Le 8ème km est en approche et avec lui la fameuse rue Taine, cauchemar de beaucoup de coureurs car elle peut s’avérer être un véritable casse-pattes pour ceux qui sont partis trop vite. Je l’aborde avec sérénité car je connais ma capacité à garder une bonne allure dans les côtes. Au final, j’avais une allure moyenne de 4’09’’ au km depuis le 5ème en bas de la côte et lorsque je suis arrivé en haut, j’avais une allure moyenne de 4’11’’.

Ensuite c’est la descente le long de l’Avenue Daumesnil et il n’y a pas de difficultés prévues avant le 15ème km. L’intervalle entre le 5ème et le 10ème sera mon plus rapide, parcouru en 21’, ce qui fait une vitesse moyenne de 4’11’’/Km d’après mon « Garmin ». Je suis toujours très concentré sur mon objectif et je suis attentif aux alertes sonores de ma montre. Ma douleur sur le côté est toujours présente et s’intensifie un peu lorsque j’accélère pour dépasser des coureurs. Je considère donc qu’il s’agit juste d’un point de côté qui me signale que j’ai atteint la limite à ne pas dépasser.

On arrive au 14ème km et au demi-tour vers l’Hôtel de Ville. L’allure est bonne, le soleil brille, tout va bien pour le moment. Je m’engage sur la rue de Rivoli. Au ravitaillement du 16ème km, je prends un tube de gel et de l’eau. Au loin on peut apercevoir les premières difficultés : La montée de la rue du Faubourg Saint-Antoine et de la Rue de Reuilly. C’est à mon sens le pire moment de la course, je décide de m’accrocher mais sans trop forcer et ça paye.

Face à l'Hôtel de Ville Crédit photo: Maindru Photo

Source: maindru photo

Face à l’Hôtel de Ville
Crédit photo: Maindru Photo

A l’approche de la place Félix Eboué, tout va bien. La montée ne m’a pas trop fait mal aux jambes. Je sais qu’il y a encore des faux plats montants par la suite mais je ne suis pas trop inquiet. Je regarde encore une fois mon chrono et je vois que je suis dans les temps pour 1h30 à condition de ne pas trop mollir. On rentre à nouveau dans le bois de Vincennes, ça sent l’arrivée mais il ne faut rien lâcher.

Arrivée du semi de Paris Crédit photo: Maindru phto

Source: maindru photo

Arrivée du semi de Paris
Crédit photo: Maindru phto

Ce qui est terrible sur cette partie du parcours, c’est qu’il y a pleins de virages avant l’arrivée et qu’on ne la voit pas jusqu’à la dernière minute. Le 20ème km est en approche, on va bientôt retrouver l’Avenue Daumesnil et voir la ligne d’arrivée. C’est à ce moment qu’en regardant mon chrono je m’aperçois qu’avec un petit coup d’accélérateur je peux faire moins de 1h30’. Quoi de mieux comme cadeau pour fêter mes 40 ans que de passer sous la barre des 1h30’ ? Je fonce, mon allure se situe autour de 3’50’’ /km. Je m’accroche. On peut voir sur les photos prises par les photographes de Maindruphoto que je lutte. J’ai voulu faire un petit signe aux photographes en signe de victoire, mais je peux à peine lever les pouces, impossible de crier non plus d’ailleurs, ni même de parler. Je fonce toujours et encore. Plus que quelques mètres et ça y est ! Enfin la ligne est franchie ! J’arrête machinalement mon chrono et je regarde : 1h29’42’’. Je ne rêve pas ! Je l’ai fait ! Je suis heureux mais j’ai froid et je pleure, c’est incontrôlable. J’appelle ma femme pour lui annoncer la nouvelle, je l’entends à peine avec le bruit ambiant mais je sens qu’elle partage mon émotion. Et moi je suis fier, fier de ce que j’ai accompli aujourd’hui, fier de mon parcours sportif.

Je me dirige vers la sortie, je me fais passer la médaille autour du cou, je prends un poncho mais je me dis que vu le soleil, il me servira pour le départ l’année prochaine s’il fait aussi froid. Le soleil me réchauffe, ça va mieux, je n’ai plus envie de pleurer. Je mange et je bois un peu au ravitaillement. Je continue ma route et je passe au stand « Powerade » où l’on me remet une bouteille. Je dois avoir une sale tête car la jeune fille qui me remet la bouteille me dis « bravo, ça a été dur mais vous pouvez être fier de vous », je lui réponds que je suis d’autant plus fier que c’est mon anniversaire aujourd’hui, que j’ai 40 ans et que je voulais faire m’offrir moins de 1h30’ comme cadeau. Je commence à m’éloigner et je l’entends dire à sa collègue que c’est un beau défi que j’ai accompli ou quelque chose de ce genre. Ces propos me réchauffent le cœur. Je m’éloigne, prends un thé chaud et continue ma route vers la voiture. J’ai les bras encombrés par mon téléphone, le poncho et les bouteilles car il n’y a pas de sacs à l’arrivée. C’est un peu dommage. J’ai marché tranquillement pour retourner à la voiture. Le soleil a rendu ces 2 km particulièrement agréables. La Route de la Pyramide était étrangement déserte, des gens ramassaient les vêtements jetés par les coureurs tandis que les services de nettoyage ramassaient le reste. Je me suis assis dans la voiture en attendant le reste de la troupe, je n’avais pas mal, je me sentais bien. J’en ai profité pour annoncer la nouvelle à mes parents que je devais retrouver après pour fêter mon anniversaire et rappeler ma femme maintenant que j’étais au calme. Alain m’a rejoint peu après et mon oncle et ma cousine sont arrivé bien plus tard. J’ai pu profiter du reste de la journée pour fêter mon anniversaire en famille.

resultats semi paris 2

Source: www.semideparis.com


 

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4 réponses à Semi de Paris 2014

  1. Pascal dit :

    ce blog est impressionnant tant par ton parcours que par ton évolution physique psychologique et technique. Moi qui ai vu tes débuts de jogger et ce que tu réalises aujourd’hui: chapeau!
    Que les nombreux lecteurs, voulant s’initier au footing d’entretien ou aller plus loin dans la course sur route s’inspirent de ces propos sages, pleins d’abnégation et surtout plein d’espoir.
    Bonne route Vincent et bon anniversaire!

    • vincerunner dit :

      Merci beaucoup pour ton commentaire qui me fait très plaisir. C’est agréable d’avoir des avis positifs de la part de professionnels du sport.

  2. Eric dit :

    Excellente gestion de course et un très bon récit qui ne gâte rien.
    Oui une progression qui porte ses fruits.
    Bonne continuation vers de belle aventures.

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