Marathon de Paris 2018 : Le retour des bonnes sensations

S’il y avait un marathon que je ne voulais pas faire, c’était bien celui-là. Il faut dire qu’après ma contre-performance sur le semi de Paris, la grippe et un truc au ventre, je ne me sentais pas en forme. Ma dernière sortie quelques jours avant avait fini de me saper le moral. A chaque fois le même problème : je pars, je suis bien, puis à mesure que le temps passe, je m’éteins comme une bougie.  Je n’avais tellement pas envie de le faire, que je me suis octroyé une sortie trail de 28 km une semaine avant dans le cadre des parcours du cœur et des recos des Trails de la Brie des Morins.

 

La veille de la course, je regarde néanmoins ce que j’ai fait l’année précédente pour me donner une idée, je repère les allures moyennes tous les 5 km en me disant que ce ne sera pas tenable. Si j’ai les mêmes sensations que pendant mes dernières sorties longues, je finirais ce marathon en plus de 5h.

Source: vincerunner

Comme à mon habitude, je me rends la veille chez mon oncle pour y passer la nuit car avec la ligne 13 du métro, je ne suis pas loin de la ligne de départ et par ces temps de grève SNCF, c’est préférable. Et surtout, cette soirée fait partie du rituel depuis que je cours le MDP à savoir 2009.

J’ai tellement peur de la déshydratation que je veille à bien boire, j’en profite pour essayer un nouveau produit acheté au salon du running : Le Stimium « Régénération » à base de spiruline et de magnésium. Je tiens au moins à limiter les dégâts à ce niveau-là.

Mal m’en a pris car je m’apprête à passer une nuit d’enfer. D’abord tout ce liquide ingurgité va m’obliger à aller aux toilettes toutes les 10’. Ensuite je vais angoisser car je suis persuadé d’avoir oublié quelque chose alors que j’ai tout vérifié 15 fois, et quand je vais enfin m’endormir, ce sera pour faire un horrible cauchemar mêlant oubli des chaussures de courses chez moi et transport en commun en grève pour aller les récupérer. Ceci me vaudra de me réveiller en nage à 3h du matin avant de me rendormir pour me réveiller définitivement à 5h du matin alors que j’avais mis mon réveil à 6h.

Je n’avais tellement pas envie de prendre le départ que j’aurais souhaité qu’il ne soit jamais 6h pour ne pas avoir à y aller. Je me dis que j’aurais mieux fait d’écouter les copains qui me disaient que si l’envie n’était pas là, que dans ces conditions il ne faut pas y aller et que je devrais me contenter d’encourager ceux qui courent le long du parcours. Mais au fond de moi, une petite voix me dit qu’il faut y aller.

Bon, à 6h l’alarme de mon téléphone se met en marche et comme on dit « Quand faut y’aller, faut y aller ». Je ne mets pas moins de 40’ à me préparer. Un record… de lenteur !

J’avale mon petit déjeuner composé d’un bol de Sportdej et d’un thé en 2 temps 3 mouvements et je saute dans ma voiture pour aller prendre le métro.

Dans le métro je retrouve des coureurs qui se rendent sur la ligne de départ tout comme moi. Je vois des 3h15, ce qui me rassure quand au fait que je sois dans les temps et tous les sas jusqu’au 4h30. Je me rends compte que j’ai oublié ma boisson d’attente à la maison. Ca m’ennuie profondément car avec mes problèmes de déshydratation, je risque d’en payer le prix.

Arrivé à la station Champs-Elysées Clémenceau, je reçois un message de mon ami Guillaume qui me demande où je suis. Il vient d’arriver et se rend à la consigne. Lui et moi avons prévu de partir ensemble dans le sas des 3h15. Je remonte tranquillement l’avenue des Champs-Elysées vers notre point de rendez-vous et j’attends Guillaume.

Source: vincerunner

Il arrive au bout d’une dizaine de minutes, en compagnie de son oncle.

Nous pénétrons dans le sas où de nombreux coureurs sont déjà présents. Petit passage rapide aux toilettes et nous nous trouvons une petite place pour discuter. J’ai la bouche sèche et ça m’inquiète un peu.

10’ avant le départ, je lance ma Garmin pour qu’elle trouve les satellites. Elle se bloque à 80% environ mais le message prêt ne s’affiche pas. Je n’aime pas ça. Guillaume me dit que l’on pourra s’encourager dans les moments difficiles mais je pense que nous serons chacun dans notre course et ce sera difficile.

Des coureurs scrutent mon dos, il faut dire que j’y ai accroché une affichette pour les Trails de la Brie des Morin, histoire de faire un peu de pub pour l’événement.

A 8h32, le départ est donné. Ma Fénix 5x n’a toujours pas trouvé les satellites. Tant pis, je n’ai pas le choix, je la lance.

Dès le départ, je me sens bien, les jambes sont là. J’entame la descente des Champs-Elysées, juste pour cette descente mythique le marathon vaut le coup. Je regarde mon allure et je constate que je suis à peu près dans les mêmes allures que l’année dernière. J’arrive au panneau du premier km et je constate que ma montre m’indique 300m de plus. Ça sent mauvais cette histoire.

Source: Maindru Photo

Arrivée Place de la Concorde, un coureur m’aborde, il a vu l’affichette et me dit qu’il s’est inscrit sur le 66km. On discute un peu puis il s’éloigne. Je regarde ma montre et mon allure est toujours bonne. Je suis surpris d’avoir d’aussi bonnes sensations à cette allure.

Au bout de la rue de Rivoli, je vois la rue Saint-Antoine et la place de la Bastille avec le premier ravitaillement. J’avale mon tube de gel juste avant le ravitaillement et je prends une bouteille d’eau à laquelle je rajoute un sucre. Je complète ce ravitaillement avec 2 abricots secs. Je bois ma bouteille jusqu’à la dernière goutte. Je fais très attention à mon hydratation car c’est mon point faible. J’ai à peu près résolu le problème en trail par l’adjonction de sels minéraux et ça fonctionne plutôt bien.

Sur route le problème est différent car je ne prends pas mon sac avec moi, je cherche à courir léger depuis que j’ai eu chaud sur une des précédentes éditions de ce marathon. Ce moment est encore présent dans ma mémoire, je voulais jeter mon sac tellement j’avais chaud.

Je poursuis ma montée vers le Château de Vincennes. A l’arche du 10ème km, je consulte ma montre et je constate que mon allure moyenne est constante, et ce malgré la montée, question distance j’ai presque 500m de plus. Je me sens toujours bien. Je me souviens avoir souffert sur cette portion dans le passé. C’est fou cette propension du cerveau à garder les mauvais moments en mémoire et à occulter les bons dans certaines circonstances.

Arrivée à l’Esplanade Saint-Louis, je profite du ravitaillement, gel, eau + sucre, abricots secs…

Source: Maindru Photo

Je quitte l’Esplanade pour m’engager sur la route de la Pyramide, qui me rappelle la pénible arrivée du semi cette année. Je sais que ça va encore monter jusque vers le 14ème  km.

 

Pour le moment les km s’enchainent tranquillement, je sens un très léger ralentissement mais rien d’inquiétant. Le moral est au top, tout va bien.

Le panneau du 15ème km est en approche, c’est le moment que choisi ma montre pour m’afficher le message « Prêt » j’ai déjà 600 m de plus que la distance réelle. Je décide de passer en mode circuit, au moins, je n’aurais plus cette erreur de distance. Maintenant ça descend. Les jambes ont envie d’accélérer, je les laisse faire.

Le ravitaillement du 16ème est en vue. Je ne vois pas passer les km. Les sensations sont bonnes.

Je continue mon rituel : Gel + eau + sucre + abricots.

La descente continue, Je profite de l’eau dans les bacs et des pompiers qui nous arrosent pour me rafraichir un peu. Au moment de passer devant la côte du cimetière, je repense à nos entraînements avec la Team Trail Paris, je sais que je n’y retournerai pas avant un bon moment puisque les entraînements vont reprendre aux Buttes Chaumont.

Je passe le semi en un peu plus d’1h43. Ce n’est pas mal du tout. Je suis dans les clous de l’année dernière à peu de choses près. Je me sens globalement mieux que pour la précédente édition. Je n’ai pas de douleurs particulières aux cuisses et aux mollets, pas de contractures. Je ne sais pas si je ferais mieux ou moins bien mais les sensations et le moral sont au top. Je n’oublie pas non plus que j’ai 5 kg de plus

Juste après le semi, c’est le ravitaillement ou je continue mon rituel.

 

Au 23ème, j’arrive sur les quais de Seine. Je ne bénéficie plus de la descente et je n’ai plus tout à fait les mêmes sensations. Les cuisses durcissent un peu mais je pense que c’est normal. La partie le long de la Seine n’est pas celle que je préfère car il y a beaucoup de passages « casse pattes ».

Il y a d’abord la voie Georges Pompidou, puis le Tunnel des Tuileries avec ses animations, dont celle sur les fantômes. A la sortie du tunnel se trouve le ravitaillement.

On arrive alors sur une partie que je connais bien, car c’est mon terrain de jeu pour mes sorties du midi au bureau. C’est rassurant

Source: Maindru Photo

Au 29ème encore un ravitaillement, je trouve cet intervalle très court

Au pont de Bir-Hakeim, peu avant le 30ème, il y a une sacrée ambiance ! Il y a d’abord une musique que je connais mais dont je ne me rappelle ni du titre ni de l’interprète, mais ce n’est pas grave, cette musique me file la patate.

L’animation du mur du 30ème arrive, je regarde mon chrono. J’ai un peu ralenti mais avec 2 ravitaillements sur in intervalle de 5 km, ça me semble un peu normal. Donc pas d’inquiétude à avoir

Je sais que maintenant, il faut s’attendre à tout au meilleur comme au pire. Pour le moment, j’ai droit au meilleur. Vers le 32ème on attaque le boulevard Exelmans qui monte vers le bois de Boulogne. Je sens que ça tire un peu dans les cuisses mais le mental est toujours au top.

Source: vincerunner

Au 33ème km, un coureur m’aborde, il a vu mon affichette, Il me dit qu’il s’est aussi inscrit au départ d’un des trails. Il m’a vu lors des recos organisées dans le cadre des parcours du cœur à Jouarre. On échange un moment puis il part devant. Je n’arrive pas à accélérer mais mon allure reste constante

Le ravitaillement suivant se trouve à l’entrée du bois de Boulogne, là encore des mauvais souvenirs remontent à la surface

A l’approche du 36 km, je suis vraiment dans le dur. Je sens que je ralentis, les cuisses commencent à se tétaniser. Le moral et le mental sont là et je ne lâche rien. Je sens que les derniers km vont être difficiles.

Le ravitaillement du 38 est à l’approche. Je ne vais pas le zapper comme ça m’est arrivé certaines fois. Je m’hydrate bien car je ne veux pas me sentir mal un fois franchie la ligne d’arrivée.

Source: Maindru Photo

Passé le ravitaillement, j’aperçois la bifurcation vers la Fondation Louis Vuitton. Cette année je la trouve plus jolie que l’année dernière sans son habillage de couleur. Je n’aime pas cette partie car on ne voit pas la ligne d’arrivée.

Je suis toujours dans le dur mais je maintiens mon effort et j’essaye d’accélérer. Ça fonctionne. Après quelques virages, la ligne d’arrivée est enfin en vue. J’accélère encore. C’est dur mais j’ai un mental d’acier.

Je franchis la ligne d’arrivée en 3h32’39’’. Un peu moins bien que l’année dernière, mais franchement, je crois que je suis encore plus heureux. Vu les circonstances, entre le manque d’entrainement pour cause de maladie, les mauvaises sensations, 5kg de plus et une sortie de 28 km la semaine précédente, je suis très fier de moi.

Source: Maindru Photo

J’avance un peu et je retrouve le coureur avec qui j’avais discuté au 36ème. Il a fini en 3h28. Nous discutons tous les deux et nous récupérons notre médaille et notre T-shirt. Au ravitaillement, je retrouve Guillaume. Lui a fini en 3h24. Nous discutons un peu tous les trois. Le coureur, a qui j’ai oublié de demander son prénom s’éloigne. Je perds aussi Guillaume de vue du coup je décide de rentrer.

Comme l’année dernière je décide de retourner à la station Champs-Elysées Clémenceau à pied. Mes jambes vont plutôt bien, il fait beau et les Champs sont toujours piétons, autant en profiter.

Source: vincerunner

Je passe devant le Fouquet’s. M’accepteraient-ils pour déjeuner en tenue de coureur puant la transpiration ? Cette pensée me donne le sourire. Je poursuis mon chemin tranquillement, heureux que cette course se soit bien passée et bien décidé à remettre le couvert l’année prochaine.

Source: vincerunner

 

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