Marathon de Paris 2014

Décidément, ce marathon n’avait pas débuté sous les meilleurs auspices. Entre mes douleurs dans le creux poplité et mon coup de pied dans la porte qui m’a blessé au gros orteil droit, je le sentais mal. Samedi soir, ma gorge a commencé à me faire mal et je n’ai pas du tout dormi de la nuit.

C’est donc avec une certaine appréhension que je me rends sur la ligne de départ. Nous arrivons mon oncle et moi vers 8h avenue d’Iéna, Nous avons la chance de trouver une place de parking a proximité du rond-point de l’Etoile et donc pas trop loin de l’arrivée. Et c’est sous un beau soleil que nous nous rendons vers nos sas respectifs.

Je rentre dans le sas des 3h15 vers 8h15 et je me rends compte que je suis parmi les premiers. Je discute avec d’autres coureurs pour passer le temps. Le départ est donné pour les handisports à 8h30 et l’élite part à 8h45. Je passe l’arche du départ à 8h51. Comme je ne me

Sas de départ mdp 2014

Source: vincerunner

 suis pas vraiment fixé d’objectif, je pars sur 3h10 – 3h15, ce qui, au vu de mon temps sur le semi est tout à fait raisonnable. Mais comme d’habitude je vais aussi me fier à mes sensations. Le premier km, qui est en descente, s’effectue à l’allure de 4’20’’ au km, certes un peu rapide, mais plus lent que pour le semi de Paris. Tous les voyants sont au vert, pas de douleur particulière à part ma gorge qui me brûle à chaque respiration et ma fréquence cardiaque est autour de 160 bpm ce qui est correct. Je ralentis un peu lorsque je retrouve le plat. Pour le moment tout va bien et je me dis que finalement j’avais tort de m’inquiéter. Je suis un coureur qui semble aller au même rythme que moi, il porte un t-shirt orange avec des photos qui forment une croix, facile à repérer… je boucle les 5 premiers km à une allure de 4’25’’/km. C’est 10’’ de plus que l’allure que j’avais pour le semi ce qui me ferait un marathon en 3h06. Au ravitaillement Je bois un peu d’eau et prends un tube de gel. Mon rythme cardiaque ne varie pas, je me dis que je tiens le bon bout. Je trouve tout de même qu’il fait chaud, je préfère rester du côté ombragé de la rue et je me dis que si ça continue ça ne va pas être agréable.

Je commence à attaquer la rue du Faubourg Saint Antoine et le sixième km est en vue. Je reste toujours du côté ombragé. J’ai une pensée pour mon coach, Jiwok, qui cette année ne m’accompagne pas dans la course car ils n’ont pas d’enregistrement mp3 pour moins de 3h30. Je repense au mail de Denis suite à mon témoignage sur le semi de Paris que j’ai parcouru en moins d’1h30 et aux conseils du coach pendant les entraînements : « Le bassin doit être mobile, tu dois pouvoir envoyer une jambe en avant pendant que l’autre part vers l’arrière ». Cette histoire de bassin on me la ressort au taïchi et en boxe thaïe et pourtant je n’arrive pas à en faire un reflexe. Je pense aussi aux conseils sur la foulée, sur la posture. C’est comme si j’entendais la voix du coach dans ma tête. J’essaye de penser à tous ces conseils. Je sens une légère douleur derrière mon genou gauche, je la supplie de me laisser tranquille jusqu’à l’arrivée et je me maudis intérieurement de ne pas lui avoir prêté plus d’attention car c’est la douleur au genou droit qui m’avait le plus gêné après le semi. Il faut croire que ma supplication et ma malédiction auront été entendue : la douleur s’arrêtera un peu plus tard. Au loin, j’aperçois la montée de la rue de Reuilly. Lors du semi, elle arrive en fin de parcours et on la ressent plus. Dans ce sens, je me dis qu’elle est assez proche du départ pour que je ne la sente pas. Pourtant, je sens bien que je ralentis. Je passe la place Félix Eboué pour reprendre l’avenue Daumesnil. Un rapide coup d’œil à mon GPS m’indique une chute de 1s de mon allure moyenne au km depuis le passage du 5ème km. Je continue sur l’Avenue Daumesnil, les voyants sont toujours au vert mais je sens bien que ce n’est pas la forme des grands jours.

Vers le 8ème km c’est mon pied droit qui commence à me faire un peu plus mal. Je me maudis une fois de plus, je n’aurais jamais dû m’énerver contre cette porte. Je pense à l’un des proverbes de ma grand-mère : La colère est mauvaise conseillère… Il faut vraiment que je prenne des cours de zen attitude, même si ma femme me dit que j’ai beaucoup progressé sur le sujet… Au moment de passer sur le périphérique, j’aperçois Dominique Chauvelier qui observe la course, j’essaye de lui faire signe mais mes bras ont du mal à répondre. Mon inquiétude augmente. Je regarde mon GPS et je constate que j’ai encore perdu une seconde. Je me dis qu’à ce rythme là ce n’est pas catastrophique, une seconde tous les 5 km. Mais attention, il s’agit de la vitesse moyenne depuis le départ, pas de celle depuis la fin du dernier circuit que je mesure tous les 5 km, donc la perte doit être plus importante.

Je rentre dans le bois de Vincennes, j’aperçois le zoo et le lac Daumesnil. Je repense à mon coach jiwok et à sa visite touristique, aux explications sur l’hippodrome de Vincennes. Quel type de course y organise-t-on déjà ? Je ne sais plus. Au ravitaillement du 10ème km je prends une bouteille d’eau et un tube de gel. L’avantage du ravitaillement à la bouteille c’est que l’on peut la prendre à la volée et boire en courant sans en renverser partout. Le Château de Vincennes est en vue. Je me dis que ça va bientôt redescendre et que les choses vont s’arranger. Sur l’esplanade du château, il y a du monde pour encourager les coureurs. Des enfants tendent la main pour faire la claque. Je me dirige vers eux la main tendue, leurs sourires me réconfortent. Je m’engage sur la route de la Pyramide, il fait chaud, trop chaud. J’ai l’impression de cuire sous la casquette noire. Une fois de plus je me maudis pour avoir mis une tenue noire. J’ai aussi l’impression de cuire sous ma poche à eau. Pourquoi ai-je pris tout ça ? J’ai envie de tout jeter, de courir sans rien mais je ne peux pas car le sac contient mon téléphone, mon pass navigo et les clefs de la voiture… J’ai aussi envie de jeter ma ceinture porte gel mais mon dossard y est accroché. Je continue donc avec mon harnachement. J’arrive au ravitaillent du 15ème km que je trouve d’ailleurs plus proche de 14ème. Je continue sans m’arrêter, je prends juste une bouteille d’eau et un tube de gel. (Note pour plus tard, ne pas ouvrir le tube de gel juste avant de prendre la bouteille), l’inconvénient des gels liquides, c’est qu’ils se répandent facilement par terre si l’on n’y prend pas garde.

J’aborde maintenant l’avenue de Gravelle, je me dis que ça va être l’occasion de relancer et de repartir du bon pied. J’y crois encore. Au 16ème km Je jette un coup d’œil à mon GPS, la vitesse moyenne n’a pas trop bougé depuis le 10ème. J’ai encore perdu 1s… Au 17ème km un nouveau coup d’œil à mon GPS m’indique que j’ai encore perdu 1s. Je suis pourtant dans une grande descente. J’essaye d’accélérer mais je n’y arrive pas. Le moral en prend un sale coup et c’est le début d’une longue descente aux enfers.La suite ne peut qu’être pire et je me prépare à vivre un véritable enfer lors du deuxième semi. J’ai envie d’abandonner. A quoi ça sert tout ça ? Je me dis que je dois continuer, je n’ai pas de douleurs particulières qui pourraient me forcer à abandonner alors je dois continuer. Ce marathon pourrait me servir de justificatif pour le marathon de New York en 2015. Il faut donc continuer coûte que coûte et je ne me doute pas alors de quel va être le prix à payer…

Départ mdp 2014

Source: Maindruphoto.com

Je continue à descendre l’avenue de Gravelle, sans pouvoir accélérer. Je pense aux conseils de mon coach pendant l’entraînement « Malgré la fatigue, ne lâche rien ! » « Accroche-toi, tu y es presque ! ». J’ai beau essayer de m’accrocher il ne se passe rien. J’aperçois le 19ème km et l’entrée sur Paris au niveau de la rue de Charenton. Curieusement, une fois dans Paris je trouve qu’il fait plus frais, je sens de l’air frais sur mon visage, ça fait du bien. Après la rue de Charenton, j’attaque l’avenue Daumesnil et le passage du semi en 1h35’37’’. Je me dis que si j’arrive à endiguer la chute je peux encore faire le marathon en 3h15. Mais je sais au plus profond de moi que ce ne sera pas possible. Je sens mes cuisses devenir de plus en plus lourdes. Je continue à descendre l’avenue Daumesnil, je n’arrive pas à accélérer, le désespoir s’ancre encore plus profondément j’ai vraiment envie de pleurer. J’arrive place de la Bastille et je bifurque sur le boulevard bourdon pour rejoindre les quais. Je n’aime pas trop les quais car c’est une partie étroite où il est généralement difficile de doubler. Mais cette fois, je n’ai pas trop ce problème, je me fais plus doubler que je ne double. Au ravitaillement du 24ème je reste fidèle à mon alimentation, je prends une bouteille d’eau et un tube de gel. Curieusement, je n’ai pas l’impression de faire une overdose de sucre comme c’est le cas pendant certaines courses. Je n’ai pas l’impression d’avoir la bouche pleine de sucre.

Mon moral va prendre une claque entre les 24ème et 25ème km, lorsque je me fais doubler par le premier porte drapeau des 3h15. Au départ je sens juste un groupe qui se rapproche dans mon dos et puis je le vois passer, frais et dispos, en train de discuter avec les coureurs de son groupe. Une image étrange se forma alors dans mon cerveau. Je pense au miel et aux abeilles avec le porte drapeau dans le rôle de la reine et les abeilles sont les coureurs attirés par le gout sucré du miel, le goût de la victoire, de l’objectif atteint, goût que je n’aurais pas cette année. J’essaye de le suivre un peu mais j’ai du mal, je n’y arrive pas. Passé le 25ème km j’aborde le tunnel des tuileries, il y fait souvent très chaud et c’est un endroit que j’appréhende. Je repense à mes premiers marathons de Paris quand je courais entre 4h et 4h20. Ce tunnel était animé par les « Olé » les « On n’est pas fatigué » et autre chants qui donnent du courage. Depuis que je suis passé sous la barre des 4h, il n’y a plus cette ambiance. Curieusement, au moment où je pénètre dans le tunnel, je trouve qu’il ne fait pas aussi chaud que d’habitude, c’en est presqu’agréable. Pourtant je souffre. Brusquement, je me retrouve dans un passage tout noir, il y a de la musique et quelques lumières mais je ne vois plus les autres coureurs, je trouve ça glauque, tellement glauque… Je me dis que la volonté des organisateurs est de mettre de l’animation mais mon corps fatigué et mon esprit démoralisé n’arrivent pas à voir le côté positif de ces animations. Le côté obscur du tunnel lors de ces animations renforce cette sensation de morosité. J’attends de voir le bout du tunnel au sens propre du terme… Lorsqu’enfin on sort, j’ai l’impression de revivre mais mon moral en a pris un coup. L’envie d’abandonner est encore plus forte mais je m’accroche comme je peux. J’ai soif, j’essaye de boire de l’eau de mon sac. Les premières gorgées sont fraîches, mais brusquement c’est de l’eau chaude qui arrive dans ma bouche, le soleil a chauffé l’eau du sac. C’est immonde, cela me donne envie de vomir. J’ai fortement envie de jeter ce sac inutile mais je ne peux pas. Tant pis.

On arrive au 29ème km et au ravitaillement du Trocadéro. Je regarde des coureurs assis en train de se faire masser. Ca me redonne un peu le moral, je me dis que je peux encore avancer que je n’ai pas de crampes. Je prends rapidement une bouteille d’eau et aussi un quartier d’orange en complément d’un tube de gel. Je trouve l’orange délicieuse. Je continue ma route le long de l’avenue du Président Kennedy. J’ai froid, je me sens mal, l’envie d’abandonner est encore plus forte. Je vois le panneau du 30ème km et je visualise mentalement ce que représente les 12 km restant sur l’itinéraire de mes sorties longues et je me dis que ce n’est rien, que je peux continuer quitte à finir au rythme de mes sorties longues, si j’en suis encore capable… je jette un coup d’œil à mon chrono, 4’42’’ de vitesse moyenne depuis le début de la course. La chute a été vertigineuse.

Allure course mdp 2014

Source: vincerunner

Brusquement, sans que je sache pourquoi, à l’approche du 32ème km, une énergie nouvelle m’envahit. Je me sens regonflé et j’accélère, je me sens léger et tout va bien, c’est comme si la morosité et les mauvaises sensations étaient oubliées. Je sens malgré tout un groupe de coureur en approche dans mon dos mais j’arrive à rester positif. C’est un autre porte drapeau des 3h15 qui s’apprête à me dépasser.

Le ravitaillement du 34ème km est en vue. C’est à ce moment que le porte drapeau des 3h15 me dépasse mais je ne suis pas désespéré, tout va bien, je jette un coup d’œil à mon chrono et je m’aperçois que ma vitesse moyenne est repassée à 4’40’’ au km. Je suis encore bon pour faire moins de 3h20 et il ne me reste que 8 km. Tout va bien. Je m’arrête au ravitaillement, je prends mon tube de gel et bois goulûment ma bouteille d’eau. Je m’apprête à repartir allègrement et là tout s’effondre. Impossible de repartir, mes jambes ne me portent plus, je me traîne. Où est donc passé la belle énergie retrouvée au 32ème km ? Le monde s’effondre, je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Je mets une jambe devant l’autre et j’arrive tant bien que mal à avancer. Je lutte pour avancer. Toutes sortes de pensées hétéroclites se bousculent dans mon esprit. Je pense au mail de Denis de Jiwok, qui m’a écrit que l’équipe aurait une pensée pour moi pendant la course, je pense à ma grand-mère quand elle me disait « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».

Je tente d’avancer tant bien que mal. Ca finit par repartir mais très doucement. Je me dis que les 8 km restant vont être un véritable enfer. Je me maudis intérieurement de ne pas avoir pris mon casque pour écouter un peu de musique. Un requiem eut été de circonstance, mais un truc qui pulse genre techno ou toccata et fugue de Bach auraient pu me booster un peu. A lieu de cela je reste seul face à moi-même. Si d’habitude j’apprécie ces moments de solitude, là, je déteste franchement. Le dernier porte drapeau des 3h15 me dépasse. C’est la fin. Je tente d’accélérer pour retrouver mes sensations du 32ème km. Mais il ne se passe rien. L’allée des fortifications me semble interminable. J’avance machinalement, tel un robot. Je n’arrête pas de me faire dépasser mais cela ne suscite aucune émotion, je suis vide, je ne suis plus qu’un corps sans âme qui tente d’avancer. Plus rien n’a d’importance. Ni le froid qui s’empare de moi, ni la douleur qui commence à apparaître dans mes cuisses tétanisées, ni ces gens qui me dépassent. J’ai bien envie d’abandonner mais à quoi bon, il me faudrait marcher jusqu’à l’arrivée car il n’y a pas de métro. Ce serait pire. Autre adage qui me traverse l’esprit : « Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir ». Chez moi il y a encore de la vie mais plus d’espoir, c’est grave docteur ? Entre le 36ème et le 37ème km je marche sur une centaine de mètres puis je me dis que plus vite j’irais, plus vite mon calvaire prendra fin. Alors je repars.

Un membre de l’organisation à vélo nous encourage. Je le remercie tant bien que mal mais n’arrive pas à articuler un seul mot. J’avance comme un robot. Un peu plus loin devant moi je vois un coureur qui n’arrive pas à avancer. Je trouve la force de l’encourager un peu en lui disant de s’accrocher que l’arrivée n’est pas loin. Il n’y croit pas trop mais esquisse quand même un sourire. Je le dépasse. Je ne regarde plus mon chrono, mon seul objectif étant de finir peu importe le temps. A l’approche du 40ème km, je cherche Greg Runner, je ne le connais pas, j’ai seulement vu ses photos sur son blog et je ne suis même pas sûr de pouvoir le reconnaitre. Je ne verrais personne lui ressemblant. Il reste 2 km et franchement ils me paraissent interminables. Je déteste l’arrivée de ce marathon car on ne voit jamais la ligne d’arrivée, sauf 50m avant de la passer. Enfin le 41ème km, au loin j’aperçois le virage de la porte Dauphine annonciateur de l’arrivée toute proche. J’essaye d’accélérer pour mettre en application mon dicton « courir vite pour finir vite » mais impossible de faire quoi que ce soit.

Arrivee MDP 2014

Source: Maindruphoto.com

Enfin la ligne d’arrivée est en vue. Curieusement ça n’éveille aucune joie en moi. Bien au contraire j’ai encore plus envie d’abandonner, je me dis que je ne mérite pas cette arrivée et cette médaille. Trop de souffrance ? Je ne sais pas. Je m’accroche quand même et je la franchis. J’arrête machinalement mon chrono et jette un coup d’œil rapide. Il indique 3h25’41’’ soit approximativement le même temps que l’année dernière. Ca me donne encore plus envie de pleurer. Tous ces sacrifices, tous ces kilos perdus. Pourquoi ? Pour rien ! Le simple fait d’arrêter de courir éveille en moi une douleur atroce. Je me plie en deux. On me demande si j’ai besoin d’aide et dans un sursaut d’orgueil mal placé je réponds que non. On me demande alors de m’écarter pour laisser la place aux autres coureurs. J’avance tant bien que mal, plié en deux, marchant en canard. Je reçois un sms de ma cousine qui me demande si je suis arrivé et qui me dit que mon oncle a abandonné et m’attend dans la voiture. Je la rappelle et lui dit que je viens juste d’arriver, que je ne vais pas bien, que je suis triste et déçu et que je vais pendre mon temps pour aller rejoindre mon oncle. Dans la foulée j’appelle ma femme. Je pleure, je suis effondré. Elle essaye de me réconforter tant bien que mal, elle me dit quelle est fière de moi de ce que j’ai accompli, au fond de moi je sais qu’elle a raison. Je raccroche rapidement car la douleur est trop forte pour que je puisse continuer à parler et promet de la rappeler dès que ça ira mieux.

Une fois passé la zone d’arrivée, un coureur en meilleure forme que moi me demande s’il faut qu’il appelle les secours pour m’aider. Je lui réponds que non, que c’est juste des crampes. J’avance tant bien que mal jusqu’à la barrière et je m’effondre. Le coureur revient vers moi. Il me demande de ne pas bouger, il va essayer de me trouver une bouteille d’eau. Je le vois revenir quelques secondes plus tard une bouteille à la main. L’eau est chaude mais je la bois, ça me fait du bien. Il me propose de m’étirer pour faire passer les crampes. J’accepte avec joie, Il commence à relever ma jambe droite et à plier mon pied pour étirer le mollet. Il me dit de lui dire d’arrêter quand ça fait mal. Je ne lui dirais jamais stop tellement la douleur de la crampe était forte. Il fait la même chose avec ma jambe gauche. Il me demande si ça va et si je peux continuer. Je le remercie beaucoup et je lui dis que ça va aller. J’aurais voulu le remercier plus pour avoir pris du temps pour moi mais je ne trouve pas la force. Je le regarde s’éloigner et je me relève. Je marche tant bien que mal, je récupère ma médaille et mon t-shirt ainsi qu’un poncho. Je glisse le T-shirt entre mes dents pour ne pas hurler de douleur à chaque pas. Je continue et je passe devant la zone de ravitaillement sans même la voir. Lorsque je m’en aperçois, je n’ai pas envie de faire demi-tour… Je continue à avancer dans la zone des consignes il n’y a pas grand monde et ça avance bien. Ca change de l’époque où j’arrivais en 4h dans la masse des coureurs et où il était pratiquement impossible d’avancer.

Au loin, je vois l’unique sortie. J’enrage contre l’organisation qui n’a pas prévue plusieurs sorties car toutes les familles de coureurs sont là en train d’attendre, bloquant ainsi le passage des coureurs qui ont tant besoin de marcher pour faire passer les crampes. Au passage de la barrière je lance un « laissez passer les coureurs bordel ! On a couru 42 km, il faut qu’on continue à avancer pour faire passer les crampes ! » Personne ne semble entendre. Seule la personne qui empêche les gens de rentrer dans la zone des consignes me répond en me disant qu’elle n’arrête pas de leur dire mais que ça ne sert à rien. Alors tant pis, j’avance tout droit sans me préoccuper des personnes qui se trouvent sur mon chemin, j’en bouscule quelques unes. J’entends quelqu’un qui dit « Non mais ça va pas la tête ? » peu importe, je continue à avancer coute que coûte en m’arrêtant tous les 5 m pour me plier en 2. J’appelle mon oncle pour lui dire que j’arrive mais que je ne sais pas combien de temps ça va me prendre. Il me rappelle que la voiture est garée avenue d’Iéna. J’avance tant bien que mal. Lorsque je tombe sur un feu qui m’oblige à m’arrêter en attendant qu’il passe au rouge je me plie encore en 2. Je ne sens plus me pieds. Mon corps n’est plus qu’une gigantesque crampe. Des abdos jusqu’aux orteils tous mes muscles sont contractés. J’aperçois enfin la voiture. J’enlève mes affaires et le jette sur le siège arrière. Je prends place à l’avant en reculant le siège à fond. Malheureusement, je ne suis pas assez étendu et la crampe arrive provoquant un hurlement de douleur. Mon oncle rappelle mon cousin pour lui dire qu’il m’a récupéré et qu’il peut lancer le barbecue. Deuxième hurlement qui sera entendu dans le téléphone. Mon oncle me demande si je ne veux pas attendre avant de rentrer que ça aille mieux mais je lui dit que non, que ça va aller. C’était un mensonge mais j’étais pressé de rentrer. Le 5 premières minutes du trajet on été un véritable enfer puis les choses se sont calmés. Ma femme me rappelle car elle s’inquiétait de ne pas avoir de mes nouvelles. Ce trajet aura été irréel, je n’ai pas tout suivi. J’ai bien repéré quelques endroits mais il y a quelques blancs.

Classement mdp 2014

Source: vincerunner

Arrivé à la maison ça va mieux. La descente de voiture a été quelque peu pénible mais je n’ai pas hurlé. Une fois à la maison ma cousine m’a demandé si je voulais boire quelque chose. Je lui demande du coca car je sais que ça réhydrate bien. Elle m’en sert 2 verres et me propose une aspirine. J’accepte avec joie. On discute un peu et les choses commencent à aller mieux. Je me sens moins déprimé. J’appelle mes parents pour les rassurer car je savais qu’ils attendaient mon appel. Je dis à ma mère que je suis déçu mais elle me rassure et me dit que c’est très bien. Venant d’elle ça me fait chaud au cœur. Je profite bien de ma douche chaude. Elle me délasse, c’est agréable. Je retourne déjeuner avec la famille, ils ont commencé sans moi car j’ai pris mon temps mais peu importe, je me régale de grillades. Ce premier barbecue de la saison est un pur bonheur. Je reprends la direction de Meaux aussitôt après histoire de retrouver ma femme et de me reposer.

Avec le recul, je me rends compte que la principale cause de cette mauvaise performance est la déshydratation. Déjà sur la ligne de départ je n’ai pas eu envie d’uriner, alors que j’ai quand même bu ma boisson d’attente, ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Ensuite, la diminution rapide de ma vitesse et la soif qui s’est manifesté vers le 12ème km étaient autant de nouveaux signaux. Je n’ai pas pris suffisamment garde à ce problème. J’ai pris exactement le même petit déjeuner que lors du semi mais les conditions météo n’étaient pas les mêmes. Je suis pourtant vigilant à l’aspect nutrition et hydratation pendant la course, mais même après 12 marathons il me reste encore pas mal de choses à apprendre. Je vais me pencher un peu plus en détail sur cette problématique de l’hydratation en fonction de la météo.

L’idée de la poche à eau n’était pas mauvaise en soi mais le sac m’a tenu chaud pendant la course et l’eau tiède n’est pas vraiment agréable à boire. Peut être qu’un peu de boisson en poudre en aurait changé le goût. Si parmi mes lecteurs il y en a qui ont de l’expérience dans le domaine, tous les conseils seront les bienvenus.

Enfin, si ce marathon a été particulièrement éprouvant sur le plan psychologique, je ne pense pas avoir autant souffert sur une autre course, il me rappelle étrangement celui de 2011, où, après avoir fait 4h00’14’’ en 2010, j’espérais passer sous la barre des 4h et où j’ai fait 4h06’36’’. J’avais ressenti le même désarroi de ne pas avoir amélioré mon temps.

Maintenant il est est temps de repartir vers de nouvelles aventures

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9 réponses à Marathon de Paris 2014

  1. vincent pac dit :

    courage, je suis sur que tu vas élucider le film de ta course. l’hydratation et l’alimentation pendant la course est très complexe mais celle au cours des mois et des années précédentes est tout aussi importante pour habituer l’organisme à une telle intensité. tes coups de mou en sont la preuve ! ton idée de courir avec un sac ??? j’avoue que je ne la comprends pas quelque chose m’échappe mais je ne te connais pas.

    connais tu le blog de paleophil ? à parcourir sans f(a)im 😉

    http://paleophil.com/

    • vincerunner dit :

      Merci pour ton commentaire. Je pense,avec le recul, que le principal problème a été l’hydratation. J’ai gardé la même alimentation que pour le semi un mois avant car ça m’avait bien réussi mais là les sensations n’étaient pas bonnes dès le départ. Un autre facteur qui a pu intervenir est justement la récupération du semi un mois avant. je me suis donné à fond sur ce semi car il tombait le jour de mes 40 ans et je voulais absolument passer sous les 1h30′. L’idée du sac vient du fait que sur la fin d’un marathon, quand il fait chaud, j’ai parfois soif entre 2 ravitaillements. Je vais essayer de procéder autrement en ne buvant pas ma bouteille d’un trait au ravitaillement mais en la gardant à la main et en la buvant progressivement. Ceci dit ça ne fonctionne que pour les ravitaillement à la bouteille, pas pour ceux avec des gobelets.

      Sympa le blog paleophil. je vais l’étudier plus à fond pendant mes vacances la semaine prochaine 🙂

  2. David dit :

    Salut Vincent,

    Quel récit détaillé ! J’avais l’impression, non pas d’y être (vu que j’y étais) mais d’être avec toi ! J’ai bien aimé le coup du tunnel avec les « on est pas fatigué » vu que j’étais dans le groupe des 4h30, j’y ai eu droit 🙂 Par contre j’ai trouvé excellent l’idée de la musique et des jeux de lumières … Même si le noir complet était un poil dangereux avec les bouteilles qui trainaient …
    Pour l’hydratation, j’essaye de boire énormément quelques jours avant la course et pour les distances supérieure à 21 ou les trails je prends un sac avec de l’eau (et de la poudre) et je me force à boire au minimum tous les kilomètres … Là pour Paris j’ai aussi vidé une petite bouteille d’eau à chaque ravito à partir du 20ième km je crois …
    Ca ne m’a pas empéché de me prendre le mur au 34ième mais j’ai pas eu l’impression de manquer d’eau …
    J’espere que tu t’es bien remis là ! New York en 2015 ?? On peut s’inscrire quand déjà ?
    David.

  3. Eric dit :

    Diantre, je ne sais pas si cela me donne envie de retenter le coup, c’est rude. Cela dit un marathon c’est un marathon, avoir le cran de se mètre sur la ligne de départ c’est déjà fort alors finir avec le moral dans les chaussettes… Et en 3h25 en plus alors je m’excuse mais BRAVO, tu peut être fier de ton MDP même si tu passe en dessous de ton objectif.

  4. Jean-François dit :

    Respect Vincent pour être allé au bout de cet enfer. J’ai vécu la même histoire à Toulouse en octobre dernier. Ces 8 derniers kilos qui te laissent un goût amer au niveau du chrono, mais qui te font entrer dans une autre dimension : Le vide absolu, tant physique que mental… Où l’on devient une machine à courir, car c’est la seule chose qui reste et à laquelle on se raccroche. Courir pour ne pas marcher et voir le monde totalement s ‘ effondré. Ce qui ne manque pas d’arriver quand arrive la ligne de fin : libération et désespoir mêlé. La vraie victoire c’est d’avoir couru, coûte que coûte. BRAVO…

  5. Marie-Paule dit :

    J’ai lu avec attention ton récit et j’y étais vraiment. Je suis admirative de tes performances et du courage qu’il faut pour une telle épreuve. En plus, avec la douleur aller jusqu’au bout, c’est rare et remarquable. Tu as été au bout de toi-même et au delà de tes forces. Attention de ne pas abîmer la « machine »…qu’est le corps. Tu es prêt pour New York! Félicitations pour ton courage et ta volonté. Un très grand BRAVO!

    • vincerunner dit :

      Merci Marie-Paule, ton commentaire me fait très plaisir. je suis pour le moment en phase de repos pour ne pas abîmer la machine. J’ai repris un peu la course mais tout doucement.

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