Marathon de La Rochelle 2014

Un étrange marathon…

Non, pour une fois, je n’ai vraiment pas envie de courir. C’est dans cet état d’esprit que je suis 15 jours avant le départ. Cela ne m’était jamais arrivé, mais je n’ai vraiment pas envie de courir un marathon, je préfèrerais rester sous la couette. C’est étrange mais c’est comme ça. Pourtant mes séances d’entraînements se sont super bien passées et je suis au top de ma forme physique, malgré l’arrêt estival lié à mon opération des hernies inguinales et divers autres petits bobos. Toutes mes courses d’automnes se sont pourtant bien passées, que ce soit les foulées germinoises, le Paris Versailles ou le Semi-Marathon de Meaux. Alors pourquoi un tel dégoût du marathon au point de ne pas vouloir en prendre le départ ?

La réponse est sans doute à chercher un peu plus loin dans le temps, et plus précisément au marathon de Paris. C’est lui qui m’a laissé ce goût amer. Il  m’a traumatisé (voir mon CR ici : http://vince-runner.fr/marathon-de-paris-2014). Il y avait sans doute plusieurs causes à ce problème, même si je me suis quand même offert un petit record perso de quelques secondes. Départ trop rapide ? C’est certain, même si je suis parti plus lentement que pour le semi un mois avant. Trop donné sur le semi ? C’est certain aussi, je voulais m’offrir ce « moins de 1h30 » le jour de mes 40 ans et pari réussi ! Toujours est-il que je n’ai vraiment pas envie de prendre le départ de ce marathon. Je ne veux même pas en parler,  tous ils savent combien j’aime courir et que je ne raterais une compétition pour rien au monde.

Quelques jours avant le marathon, en dehors du fait que je n’ai pas envie d’y aller, voilà le stress qui arrive ! J’ai peur ! Peur d’avoir des mauvaises sensations, peur de ne pas finir. Bref tout va bien.

C’est pourtant en mode « no stress » que je pars en direction de Poitiers le vendredi soir pour un arrêt chez mes parents avant de reprendre la route pour La Rochelle le lendemain. Rien ne peut me stresser, ni l’heure du départ, ni les ralentissements ni quoi que ce soit. Pour mon équipement, je choisi le même que pour mes entraînements, je ne prends pas mon cuissard et mon T-shirt de compression que j’affectionne particulièrement sur ce type d’épreuve. J’ai juste pris mon boxer « BOXAIR », cadeau de mes sponsors, car je veux éviter les irritations. Je n’ai pas non plus acheté mes tubes de gels et mon gâteau du petit déjeuner, en me disant qu’il y en aurait des tous prêts.

Le samedi, je pars assez tardivement de chez mes parents, alors que je dois encore passer à la maison de retraite voir ma grand-mère. J’aurais voulu arriver tôt à La Rochelle pour y retrouver Jean-François et Didier, mais tout va bien. Arrivé à la maison de retraite (à 35 km de chez mes parents) coup de téléphone de ma mère : j’ai oublié le diner à la maison (dîner que j’ai préparé pour ma grand-tante qui m’héberge le soir). Elle me dit qu’elle me l’apporte mais ça va prendre 40’. Toujours no stress. J’arrive à la Rochelle à 17h45  alors que j’avais prévu d’y être vers 16h30. Inutile de dire que je ne verrais ni Jean-François parti voir un match de rugby de l’équipe locale, ni Didier. Je décharge la voiture et je file chercher mon dossard. Il n’y a pas la queue, ça va donc très vite. Je fais un tour sur les différents stands pour acheter mes tubes de gels et trouver un gâteau pour le petit déjeuner tout prêt. Evidemment, le fabricant qui les proposait n’est pas présent cette année. Je vais donc sur un autre stand et je prends un truc spécial petit déjeuner, genre mousse au chocolat, mais à 21,95€. J’espère que c’est efficace et que ça me fera avancer. Le vendeur me précise que c’est à prendre 20’ avant le départ, que sinon ça ne sert pas à grand-chose. Bon à ce moment-là ce fera longtemps que je serai dans mon sas. Tant pis, je le prendrais vers 7h30 comme d’habitude et advienne que pourra.

Je m’en retourne donc à la maison, nantis de mon dossard, de mes gels et de ma boisson du petit déjeuner et délesté d’un certain nombre d’euros.

Tout va bien, je suis toujours zen et décontracté et après l’apéro en famille et le diner, je vais me coucher tranquillement. D’habitude je dors très mal la veille d’une épreuve mais là je n’ai aucun mal à m’endormir et c’est même le réveil qui me sort du sommeil à 7h, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant.

Au réveil, je retrouve ma sensation habituelle : « je n’ai pas envie d’y aller je serais mieux sous la couette ». J’ai cette sensation à chaque fois que je dois me lever pour aller courir un marathon, c’est rassurant d’avoir une sensation habituelle. Je descends préparer mon petit déjeuner, composé de thé vert aromatisé et de 2 tasses de la mixture que j’ai achetée la veille au soir. Bon ce n’est pas mauvais, mais je n’ai pas dû mettre assez d’eau car c’est un peu étouffant. Tant pis j’ai la flemme de retourner à la cuisine pour en ajouter.

Je pars de la maison vers 8h15 pour retrouver Jean-François avant le départ. Nous nous rejoignons devant la maison Godet, fabricant de cognac… C’est toujours un plaisir de se revoir. Nous avons pris cette habitude depuis l’édition 2012 où nous avions pris le départ ensemble. Il n’a pas d’objectif cette année et il aborde ce marathon comme une sortie longue.

Ce qui est bien, c’est qu’il ne fait pas froid, environ 9°C, et que le soleil brille. Cela rend l’attente nettement moins pénible que les éditions précédentes.

Départ La Rochelle 2014

Source: vincerunner

9h00 Le départ est donné. Comme d’habitude c’est la bousculade sur les premiers kilomètres. Contrairement aux années précédentes, je ne cherche pas à passer pour adopter mon rythme dès le départ. Je profite du rythme relativement lent pour m’échauffer, sachant que quelques kilomètres plus loin ça ira mieux. Ca avance, je commence à prendre mon rythme progressivement. Je suis passé de 5’10’’ au km à 4’50’’ au bout d’1 km. Au 5ème km je suis à 4’40’’. Tout va bien mais je guette les mauvaises sensations. Une petite douleur au niveau du tibia au 2ème km, ça y est je fais une périostite. Un peu mal au ventre ? ca y est j’ai chopé une gastro ou je ne supporte plus les gels. J’aila tête qui tourne ? C’est sûr je vais m’évanouir. Je deviens hypocondriaque, paranoïaque etc.  Après les 7 plaies d’Egypte, ce sont les 7 plaies du coureur qui vont s’abattre sur moi !

Pourtant les kilomètres s’enchainent les uns après les autres, je ne regarde pas l’allure moyenne sur chaque circuit, mais seulement celle depuis le départ de la course histoire de ne pas me faire peur. Elle reste constante jusqu’au semi oscillant entre 4’39’’ et 4’40’’/km. Tout va bien, je me sens léger, même si je suis toujours à l’affut des mauvaises sensations, je me dis que le semi est passé et que le travail commence maintenant.

Passé le semi, je sens que j’ai un peu plus de mal à relancer dans les côtes. La vue de ma chère et tendre à la fenêtre de la maison lorsque je passe sur l’avenue du mail me redonne de l’énergie, j’en profite pour lui envoyer un doux baiser et un « Je t’aime » qui me valent des sourires de la part des autres coureurs.

Passage au semi

Source: Maindru Photo

Etrangement, si je sens que j’ai un peu de mal à relancer dans les côtes, je ne m’inquiète pas. Toutes les douleurs « inquiétantes » ont disparus. Sans doute étaient-elles dues au départ quasiment à froid. Il ne reste que moi et la course. Je me sens bien.

Je respecte scrupuleusement mes ravitaillements avec mes tubes de gels et de l’eau. Sur mon dernier marathon, ils m’avaient laissé un goût sucré désagréable dans la bouche et une sensation permanente de soif. Là tout va bien.

A la mesure du temps au 25ème km, je vois que mon temps estimé est de 3h20. Au tour précédent il était de 3h19. 1’ de perdu rien d’inquiétant.

Après le 25ème, je repense au éditions 2009 et 2010 de ce marathon, qui pour moi ont été les pires en terme de temps et de douleurs. Je note au passage cette incroyable capacité du cerveau à retenir les mauvais moments aux dépens de bons. Passé le tunnel du chemin de fer vers le 26ème km, je me dis « tiens, en 2009 et 2010 à cet endroit, je commençais déjà à marcher ». Et ce sera comme ça jusqu’à l’arrivée. En même temps, cela m’aide à apprécier cette édition 2014 car je me dis « et bien là, je n’ai pas envie de marcher ! ».

Au 30ème, je suis toujours dans les temps pour 3h20’, même si je sens que j’ai un peu plus de mal à relancer, mais ce n’est pas véritablement un mur, d’ailleurs, ma forerunner 620 m’indique une allure moyenne depuis le départ de 4’41’’/km. J’ai un peu perdu mais cela ne m’inquiète pas. Je suis toujours bon pour un record perso et je me sens plutôt bien. Au 32ème km, j’ai même l’impression de planer.

Passage au semi 2

Source: Maindru Photo

C’est dans la dernière « grosse » montée entre le 33ème et le 34ème km que je sens mes cuisses durcir un peu plus. Mais je n’éprouve pas le besoin de marcher comme certaines années. C’est donc que tout va bien. A partir du 34ème on redescend vers la vieille ville et le port. Après c’est quasiment tout plat.

Je profite du passage en ville vers le 35ème pour prendre un bain de foule. Il y a là plein de gens pour vous encourager et des enfants qui tendent la main en comptant le nombre de coureur qui tapent dans leurs mains. Ça fait un bien fou.

Le passage dans la zone des minimes, que je n’apprécie pas habituellement car il n’y a personne pour vous encourager et il y a toujours du vent, me parait cette fois agréable. Il faut dire qu’il fait beau et ça sent bon l’arrivée. Je note au passage que mon allure est tombée à 4’43’’/km. Je sens que je pourrais accélérer, qu’il y a encore quelques chevaux sous le capot mais je ne veux pas. En fait j’ai peur. Je crois qu’inconsciemment je me projette sur ce moment de la course lors du marathon de Paris et je ne veux surtout pas revivre ça. Alors, je continue à mon allure, en me disant j’aviserais au 40ème de ce qu’il convient de faire.

Au moment de passer le 40ème, je regarde mon chrono et je m’aperçois que mon allure moyenne est tombée à 4’45’’/km. Je décide donc d’accélérer. 2 km c’est quoi ? Rien… J’accélère donc autant que je peux, je me sens bien, j’ai un peu l’impression de voler. Au 41ème km, je consulte mon chrono et l’allure est repassée à 4’44’’/km. Tout va bien, je m’accroche, je dépasse quelques coureurs et cela me réconforte. Il y a beaucoup de spectateurs à l’approche de l’arrivée. Je me sens galvanisé.

Arrivée Marathon La Rochelle 2014

Source: Maindru Photo

Je franchis la ligne d’arrivée en 3h21’29’’ d’après mon chrono, améliorant ainsi mon record perso de près de 4’. Est-ce que cela me rend particulièrement heureux ? Non, pas spécialement. Ce qui me rend heureux, c’est d’avoir fini ce marathon sans souffrir, sans avoir cette sensation de ne plus pouvoir avancer parce que le corps dit non alors que l’envie est toujours là. Cette fois, je me sens bien, léger. Je récupère mon coupe vent et ma médaille et je rentre tranquillement à la maison. Je me sens calme et zen, comme si rien ne pouvait avoir d’emprise sur moi.

Arrivée  La Rochelle 2014

Source: Sylvie RAT SAINT-CYR

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