Aventures New-Yorkaises

Tout avait pourtant bien commencé, préparation dans les règles de l’art : fractionné, sorties longues, PPG etc. Il faut dire qu’avec mes coachs Jiwok et Fysiki j’étais bien encadré. J’avais en plus fait de très bonnes perfs sur le Paris-Versailles et les 20 km de Paris. Bref, tout était parfait pour que ce marathon se passe bien, d’autant que j’étais parti sans objectif de temps, juste pour prendre du plaisir et surtout pour ne pas souffrir. Seulement, voilà, à une semaine du marathon, je tombe malade (maux de gorge et nez qui coule). Rien de grave me direz-vous, juste un petit rhume de rien du tout qui devrait guérir en une semaine et ça devrait aller pour le marathon. Et puis comme, comme on dit, pour soigner un rhume c’est 7 jours sans médicaments et une semaine avec des médicaments. Bon, comme je ne fais qu’à moitié confiance à ce genre d’adage, je prends quand même des pastilles pour la gorge, un peu de paracétamol pour la douleur et la fièvre et quelques grogs.

C’est donc armé d’une bonne provision de mouchoirs que je pars prendre l’avion en ce mardi 27 octobre. Habitant Meaux, je me rends à la gare routière pour prendre le bus qui va m’emmener à l’aéroport. Je suis donc équipé de ma valise (qui est très légère puisque je compte bien ramener quelques souvenirs de New-York), de mon bagage cabine qui contient ma tenue de coureur comme conseillé par Thomas Cook, mes documents de voyages (passeport, billets), de la lecture et mon casque audio, ainsi que d’une petite sacoche qui contient mon porte-monnaie, mon passe navigo, mes clefs de maison et encore des mouchoirs. Je place ma valise dans la soute du bus et je m’installe confortablement en prenant soin de placer mon bagage cabine dans le coffre au-dessus de ma tête pour qu’il ne soit pas trop loin. Là je vous imagine en train de vous dire « mais pourquoi il nous raconte tout ça, en s’en tape complètement… » Vous allez comprendre.

 

Le trajet jusqu’à Roissy se déroule sans encombre et j’arrive au bout de 45’. Je descends du bus, récupère ma valise dans la soute et je me dirige d’un pas vif vers la navette qui doit m’emmener au terminal 2. Vous commencez à comprendre ? J’ai l’impression qu’il me manque quelque chose mais je ne vois pas quoi j’ai bien ma valise et ma sacoche, tout va bien, je suis juste un peu pressé car j’avais rendez-vous à 7h50 et qu’il est déjà 7h50. Comme je suis quelqu’un de très ponctuel, le moindre retard me met mal à l’aise. J’arrive à l’endroit où je dois prendre la navette qui arrive rapide rapidement, je monte dedans… pour en ressortir instantanément. Vous avez-compris ? Non toujours pas ? Je viens juste de me rendre compte que j’ai oublié mon bagage cabine dans le bus, dans le coffre au-dessus de ma tête. Je pars donc en courant tout en traînant ma valise et en priant pour qu’il ne soit pas déjà parti. Je m’imagine déjà rater l’avion et ne pas pouvoir participer au marathon. J’arrive au bus qui est toujours là mais fermé et pas de chauffeur à l’horizon. Je regarde l’heure de départ prévue. Bon il doit partir dans 5’, le chauffeur ne devrait donc pas tarder à revenir. Effectivement au bout de 2’, je le vois arriver. Il m’ouvre le bus pour que je puisse récupérer mon bagage qui est toujours à sa place. Je repars en courant vers la navette tout en traînant ma valise et mon bagage. Je reçois un coup de téléphone de mon oncle qui me demande où je suis car l’heure du RDV est déjà dépassée. Je le rassure et lui dis que j’arrive dans 10’. Après la navette et les longs couloirs du terminal 2, je rejoins mon oncle et le groupe Thomas Cook. Je m’enregistre sans problème. Une fois les contrôles de sécurité passés, je reprends une navette et un certain nombre de couloir, pour, enfin, arriver à la salle d’embarquement du terminal 2E. Je me fais la réflexion que celui qui a conçu ce « machin » devait être un peu dérangé au vu du nombre de km à parcourir.

Une fois installé dans l’avion je peux enfin décompresser. Ce sont les formalités d’embarquement qui me stressent le plus dans les voyages en avion.

Après un vol sans histoire, nous entamons la descente vers l’aéroport JFK. La descente, c’est l’enfer pour mes oreilles. J’ai beau déglutir, mâcher, me moucher etc. Rien n’y fait, la douleur est insupportable et j’ai l’impression que mes oreilles vont exploser. Je resterai d’ailleurs partiellement sourd jusqu’au lendemain. Après 1h15 d’attente à la frontière pour les formalités et un trajet en bus d’une heure, nous arrivons enfin à l’hôtel. Je suis très inquiet pour le marathon au vu de mon état de santé.

 

Le lendemain, il y a une visite de Philadelphie sous la pluie, voilà qui ne va pas arranger mon rhume. Le jeudi soir, j’assiste à une conférence sur le marathon organisé par Thomas Cook avec Dominique Chauvelier, une des kinés de l’équipe de France d’athlétisme Isabelle,  un podologue, M. Soulier, et Christophe Lemaître en guest star ! La conférence était très intéressante. J’y ai appris beaucoup de chose sur l’attente pendant le marathon et la manière de s’y préparer. Dominique, qui a couru de nombreuses fois ce marathon, nous présente le parcours et ses difficultés. Il nous prépare psychologiquement à affronter le deuxième semi, qui s’avèrera être très difficile.

Christophe et Chauchau

Source: vincerunner

A l’occasion de cette conférence, je rencontre Vincent Lyky, photographe, que je ne connaissais que par Facebook. Ça fait du bien de pouvoir transformer du virtuel en réel.

Preuve que mon état de santé n’est pas terrible, le vendredi matin j’oublie l’entrainement avec Dominique Chauvelier dans Central Park, persuadé que c’était samedi matin, et le samedi matin j’oublie la course de 5 km « Dash to the finish line » persuadé que c’était une option payante que je n’avais pas prise alors que m’y étais bel et bien inscrit et que c’était gratuit pour les coureurs du marathon. J’ai donc raté deux événements incontournables du voyage. Décidément, quand rien ne va…

Sinon, New-York est une ville agréable et j’ai beaucoup marché pour la visiter. Je sais bien que cela risque de me jouer des tours le jour J mais comme je ne suis pas là pour faire la performance du siècle ça n’a pas vraiment d’importance.

 

Ma check liste pré marathon se résume donc à ceci :

Se nourrir de Junk Food depuis mon arrivée à New-York: Fait
Ne pas courir pendant une semaine: Fait
Ne pas s’hydrater correctement: Fait
Tomber malade une semaine avant le marathon: Fait
Marcher plus de 10 km la veille du marathon: Fait

 

Le soir avant d’aller dormir, nouvelle source de stress, le passage à l’heure d’hiver dans la nuit. Mes appareils vont ils se mettre  à l’heure automatiquement. Serais-je réveillé à la bonne heure ? Bon dans ce sens cela a moins d’importance. Au pire je serai réveillé à 3h au lieu de 4 comme prévu pour aller prendre le petit déjeuner.

Finalement, je me réveille 10’ avant l’heure programmée. Est-ce la bonne ? Après avoir trouvé un appareil qui ne se met pas à l’heure automatiquement, je constate que oui.

Mon oncle et moi nous habillons et nous rendons au Hard Rock café pour prendre le petit déjeuner. L’endroit est plutôt sympa et le buffet est bien garni. Je n’arrive pas à avaler grand-chose. Finalement ce sera jus d’orange, café et pâtes à la tomate.

A 5h30 nous montons dans le bus. J’ai prévu un morceau de carton dans un sac plastique pour m’asseoir par terre en attendant le départ comme conseillé par l’équipe Thomas Cook et Chauchau.

Le voyage en bus dure près de 50’. C’est agréable et je souhaiterai que ce voyage ne finisse pas. Je me sens bien. A 6h15 le bus franchit le Verazzano que nous franchirons plus tard en courant lors du départ.

Nous descendons du bus et nous sommes tout de suite aiguillés vers les villages de départ. Nous passons les contrôles de sécurité où on me confisque, avec le sourire, mon sac et mon morceau de carton. On me remet à la place un sac transparent vide qui me protègera toujours de l’humidité.

Sur le chemin du départ

Source: vincerunner

Je recherche le village bleu qui est celui où je dois patienter avant l’ouverture de mon sas. Une fois trouvé je le parcours un peu. Ici tout est fait pour que le coureur patiente sereinement. Distribution de thé, de café, de boisson énergétiques et même de bonnet pour ne pas avoir froid à la tête. Moi qui m’en étais acheté un la veille à 24$ avec le logo du marathon…

 

Pendant que j’arpente le village bleu, je retrouve Stéphane, un français du même groupe Thomas Cook que moi. Nous discutons un peu et décidons de nous poser en attendant le départ. Je suis dans la vague 1 et lui dans la 2. Je profite aussi un peu des boissons et barres énergétiques qui sont mises à notre dispositions. Le petit déjeuner commence à être loin. Stéphane a choisi l’option bagage à l’arrivée alors que moi j’ai choisi l’option poncho pour sortir plus vite. Il me propose de mettre mes bonnets dans son sac pour que je les retrouve plus tard. Nous passons un bon moment ensemble, à 2 l’attente paraît moins longue.

Mon joli bonnet !

Source: vincerunner

Elément important de l’organisation : Les toilettes, il y en a partout ce qui fait qu’il y a peu d’attente pour s’y rendre et dieu sait que je vais y aller fréquemment, le stress…

A 8h20 les sas ouvrent mais je décide d’attendre un peu avant de m’y rendre ils ferment à 9h. C’est à 8h45 que je prends place. Contrairement à d’autres marathons, le sas est spacieux et on n’est absolument pas serrés. Et il y a encore des toilettes. Tout est fait pour que les coureurs ne manquent de rien. Dans le sas je rencontre d’autres français avec qui je discute.

A 9h10 les sas ouvrent leurs portes et nous nous dirigeons vers la ligne de départ. Nous arrivons à proximité de la ligne et à 9h40 l’hymne américain retentit, avec le bruit des hélicoptères, le moment est magique.

Les meneurs d'allure et leur manche à balai !

Source: vincerunner

Les meneurs d’allure et leur manche à balai !

A 9h50 le départ est donné et je franchis la ligne à 9h54. Je me sens bien et je profite de ce moment. On arrive très rapidement au pied du Verrazano, le pont qui relie Staten Island à Brooklyn. Ce pont est mythique de par son architecture et sa longueur. Rapidement je sens que quelque chose ne va pas, je ressens une douleur au niveau de la cage thoracique. C’est comme si elle était prise dans un étau et j’ai des difficultés à respirer. Je sens que ça ne va pas être une partie de plaisir.

Conformément à ce que je m’étais dit avant de partir, je suis là pour le plaisir, alors je m’arrête sur le pont pour prendre quelques photos. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut franchir ce pont à pied.

Verrazano Bridge

Source: vincerunner

Verrazano Bridge

Source: vincerunner

Les 15 premiers km s’enchainent à un bon rythme, je suis d’ailleurs plutôt surpris. Même si je suis en deçà de mes performances habituelles, je ne vois pas les km passer. Je sens bien que mes poumons me brûlent mais la magie du public fait que je me sens porté par ces encouragements.

Il faut dire qu’après le Verrazano et jusqu’au 13ème km le trajet est quasiment tout droit. Je croise de nombreux coureurs du même groupe que moi avec leur tenue Thomas Cook.

Je craignais pour les ravitaillements car il n’y avait pas de solide mais avec le Gatorade et l’eau plate ça suffit amplement.

Je sens que les choses commencent à se gâter ver le 15 km où je sens clairement que je faiblis. Mon rythme cardiaque est assez élevé pour l’allure à laquelle je suis et mes jambes commencent à être lourdes. Je le sens mal pour la suite.

J’essaye de me recentrer sur mon objectif premier qui est de prendre du plaisir sans chercher la performance mais c’est dur. Instinct de compétition quand tu nous tiens… De plus j’ai l’impression de souffrir horriblement alors que je ne suis pas très rapide.

L’entrée dans le quartier juif, qui marque aussi la disparition des spectateurs et donc des encouragements sur le bord de la route est l’occasion de faire un point avec moi-même. En effet, le seul bruit présent est le bruit des chaussures sur la route. J’arrive enfin à lâcher prise et à abandonner l’idée de faire une performance « correcte » (moins de 3h45). Le seul objectif sera de finir et ce sera dur, très dur.

Le quartier Juif: pas de spectateurs sur les bords !

Source: vincerunner

Le quartier Juif: pas de spectateurs sur les bords !

A la sortie du quartier juif, les spectateurs font leur retour. Ça fait du bien de se sentir encouragé.

Le passage du semi est terrible, car il est sous un pont, que je trouve glauque et en côte. C’est terrible.

Je commence à avoir soif alors que j’ai bu régulièrement de l’eau et du Gatorade. Je me demande si je ne suis pas en hyper hydratation et hyper glycémie. Je me dis qu’il va falloir finir ce marathon à l’eau claire.

Peu après je croise Michel Bach, « L’homme à la tour Eiffel » sur le bas-côté. Je l’ai croisé plusieurs fois lors de courses, dont la dernière 15 jours avant sur le semi-marathon de Meaux. Je m’arrête pour discuter un peu avec lui car après tout, je suis aussi là pour faire de belles rencontres. Il m’explique qu’ils ne lui ont pas laissé prendre le départ avec sa tour Eiffel pour des raisons de sécurité et que donc il va essayer de s’incruster sur la course. J’apprendrai plus tard qu’il a pu courir quelques km avant de se faire sortir par les forces de l’ordre. Il aura néanmoins pu apparaître dans les journaux, il a eu sa photo dans le New-York Times.

Michel Bach et sa tour Eiffel

Source: vincerunner

Michel Bach et sa tour Eiffel

Après le 25ème km, sur le Queensboro Bridge, c’est l’entrée dans Manhattan et le début de la longue, très longue première avenue qui est en montée.

Je souffre et le point culminant de cette souffrance sera atteint au 30ème km. En effet, je cherche le point qui le marque alors que ma  montre indique 30. Comme je ne vois rien, je me dit que j’ai dû le louper et je marque le point à 30.4 km sur ma montre. En fait, je croise l’arche des 30 km quand ma montre en indique 31. C’est dur, très dur… 1 km en plus…

378278_211476009_XLarge

Source: vincerunner

J’alterne la marche et la course afin de diminuer mon rythme cardiaque. Mais même en marchant mon rythme a du mal à descendre sous les 175 bpm.

Il en sera ainsi jusqu’à l’arrivée. La 5ème avenue annonce Central Park et donc l’arrivée prochaine. Les couleurs d’automnes sont superbes. Ces paysages et la chaleur du public m’aident à atténuer mes souffrances. Je croise une femme de mon groupe qui cherche son mari et sa fille qui devaient se trouver sur le bord. Je discute un peu avec elle et je continue mon chemin car je suis malgré tout un peu plus rapide qu’elle.

Arrivée dans Central Park

Source: vincerunner

Arrivée dans Central Park

A partir du 40ème je me dis que je vais courir jusqu’à l’arrivée mais c’est impossible. Mes poumons me brûlent trop et mes jambes ne suivent pas. Alors je continue à alterner la marche et la « course ».

Je franchis quand même la ligne d’arrivée en courant et en faisant un petit signe de victoire.

378278_211706295_XLarge

Source: Marathonfoto

Je suis heureux d’avoir fini, heureux d’être arrivé au bout dans ces circonstances. A Paris ou à La Rochelle, j’aurais sans doute abandonné car je n’ai plus rien à prouver sur ces marathons. Mais là, c’était une occasion unique que je ne pouvais pas laisser passer.

La remise de la médaille me met du baume au cœur, j’ai choisi l’option de prendre un poncho pour sortir plus vite que ceux qui ont choisi de récupérer un bagage déposé au départ. Néanmoins je trouve le chemin long, très long jusqu’à la sortie.

Arrivée et médailleMedaille

Source: vincerunner

Je commence à me diriger vers l’hôtel, il est pourtant assez loin puisque je suis sur la 76ème rue et que je dois remonter jusqu’à la 44ème, heureusement en restant sur la 8ème avenue, je ressens la magie de New-York.

Oui, New-York est vraiment magique. Je commence à retrouver mes jambes et j’avance même plus vite que certains piétons. Les mauvaises sensations et la douleur sont oubliées. Il ne reste que la magie du marathon, la magie du public New-Yorkais qui est vraiment formidable.

 

On peut dire que New-York a la culture du marathon. C’est un événement qui touche tout le monde. Le public est très chaleureux et ça aide. Le lendemain, tous ceux qui ont fini le marathon se promènent avec leur médaille dans les rues et reçoivent des encouragements. Certains restaurants font même des réductions pour les marathoniens et leurs amis. C’est ça la magie du marathon de New-York et c’est ça qui fait sa force et sa réputation.

IMG_4366

Source: vincerunner

 

 

 

 

 

Ce contenu a été publié dans Courses, CR 2015. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *