Ultra Trail du Puy Mary Aurillac : Entre enfer et paradis – premier abandon

L’idée de faire un ultra sur les terres de mon enfance me trottait dans la tête depuis un petit moment, plus précisément, depuis qu’en 2016 une de mes contacts facebook a publié son CR sur l’UTPMA. A l’époque, je venais juste de courir mon premier ultra, cette épreuve me faisait peur mais l’envie était là.

La décision finale s’est prise au mois de février dernier, Après un déjeuner avec mon ami d’enfance, Géraud, natif d’Aurillac. Je lui parle de ce projet. Il est emballé par cette idée, même si lui ne court pas, et m’assure que ses parents seraient heureux de me revoir à cette occasion et que du coup il pourrait m’assurer le transport et l’hébergement. Banco ! Dès mon retour à la maison je m’inscris ! Une telle distance avec un tel dénivelé sera une première pour moi et j’avoue que ça me fait tout de même un peu peur.

Source: vincerunner

Il me reste donc 3 mois pour préparer cette épreuve. Ce sera d’autant plus difficile que cette année j’ai décidé d’enchainer le marathon de Paris et l’Ultra Trail de la Brie Des Morin. Je ne l’avais jamais fait mais on m’a dit que c’était possible.

Après un UTBDM difficile à cause d’une bête erreur de chaussures, je suis encore plus inquiet, surtout que mes entraînements ont été de ce fait très limités.

La veille du jour, en fait je pourrais presque dire le jour J vu que le départ est à 00h01 le samedi matin mais qu’il faut être un peu avant sur la ligne de départ, je pars rejoindre Géraud chez sa sœur pour un départ en voiture sur Aurillac. Le stress m’a un peu empêché de dormir mais je me dis que je pourrais dormir dans la voiture pour récupérer un peu. Erreur, car quand on ne s’est pas vu depuis plus de 20 ans, on a beaucoup de chose à se raconter. Le voyage se déroule donc au rythme de nos discussions jusqu’à Aurillac, où nous arrivons un peu plus tard que prévu à cause d’un embouteillage. En fait nous arrivons à 18h45, soit seulement 15’ avant le dernier briefing. J’ai tout de même le temps de récupérer mon dossard avant de foncer au briefing.

Après le briefing, je retourne chez les parents de Géraud pour d’émouvantes retrouvailles car eux non plus je ne les ai pas vus depuis au moins 20 ans.

Après un bon repas, sans excès à moins de 4h du départ, je décide de me poser une petite heure avant de préparer mon sac et de me rendre sur la ligne du départ. Soudain, alors que je suis allongé depuis quelques minutes, un doute m’envahit, j’ai oublié mon éco tasse à la maison. Je me revois parfaitement la chercher pour la prendre mais je ne me vois pas la mettre dans mon sac. Effectivement, un sms à ma femme m’apprend qu’elle est bien restée à la maison. Gros moment de panique car elle fait partie du matériel obligatoire. Je me souviens qu’Isabelle, la sœur de Géraud, avait un gobelet en plastique rigide lors du pique-nique du midi et je lui demande si je peux le lui emprunter. Elle est ravie de me le prêter et de savoir qu’il va m’accompagner dans cette aventure. Néanmoins, dans la panique, j’ai oublié mon tube de crème solaire, et vu le soleil et les températures caniculaires prévues au programme, cet oubli va me couter cher.

A 23h je décide de me rendre sur la ligne de départ pour profiter un peu de l’ambiance. Géraud et Isabelle tiennent à m’accompagner. Bien qu’Aurillacois de souche et y venant régulièrement, ils ne connaissaient pas cet événement et sont surpris par son ampleur et l’ambiance qui y règne. Sur le chemin, alors que nous passons devant un bar, on propose « au fou » (c’est le terme employé) que je suis, de venir boire un coup au lieu d’aller courir parce que ce serait meilleur pour ma santé. Mais je préfère aller courir.

Nous nous promenons parmi les coureurs et nous écoutons les commentaires du speaker. L’ambiance est bon enfant. A 23h30 je pénètre dans le sas de départ après un contrôle du matériel obligatoire. Je continue à discuter avec Géraud et Isabelle qui sont juste de l’autre côté de la barrière.

A 00h01 le départ est donné et nous nous élançons dans la rue des Carmes en direction de la place du square. Une fois passé devant le tribunal, nous bifurquons vers la place d’Aurinques. Tous ces lieux me sont familiers, c’est comme si je n’avais jamais quitté Aurillac. Place d’Aurinques, nous passons devant le bar « Le faisan doré » notre QG avec les copains du lycée Agricole. L’émotion me submerge.

J’avais été prévenu que le départ à minuit risquait d’être difficile à gérer mais je ne m’attendais pas à ça. Sans doute à cause du manque de sommeil. A peine parti, mon cerveau m’envoie des messages négatifs il me dit de retourner me coucher, de dormir, de passer une bonne journée avec mes amis au lieu de faire le fou à courir en pleine nuit. Il m’envoie un signal de douleur qui part de la fesse gauche et s’étend jusque dans la cuisse. Je connais cette douleur, elle arrive quelquefois à froid mais finit par s’estomper dès que le muscle est chaud. Je dors littéralement debout.

Une fois passée le cimetière, nous attaquons la partie « chemin ». Je manque de tomber une première fois puis une deuxième. J’ai vraiment envie de dormir, mon cerveau est au ralenti. Nous courrons le long d’une prairie, le bord a été fauché juste pour nous. La chute interviendra finalement au 5ème km. Je glisse dans l’herbe sur les genoux et les mains. Cette chute me laisse une sensation de brûlure assez douloureuse qui restera présente un bon moment. Nous longeons la route des crêtes et je suis surpris car à chaque carrefour il y a des gens pour nous encourager. Les cantaliens sont très chaleureux.

Tout le long de cette partie j’ai envie de dormir. Je marche beaucoup, j’ai l’impression d’être en sous régime, il y a des zones où je marche pour faire comme tout le monde alors qu’en temps normal j’aurais couru, je suis un peu frustré mais je n’ai pas envie d’accélérer non plus. Ce n’est qu’à l’approche du premier ravitaillement à Velzic que mon moral revient un peu. Nous sommes alors en sous-bois. Les rochers couverts de mousses, les arbres, les petits ruisseaux ont un coté bucolique. J’aime cette nature, je commence à me sentir bien.

Nous arrivons à Velzic, j’ai mis 2h30 pour parcourir 17 km alors qu’il n’y avait aucune difficulté. Je suis fatigué et je resterais bien dormir au lieu de repartir. Néanmoins, je sais que c’est ce que ma tête voudrait me faire croire. Je profite du ravitaillement  pour boire une soupe et m’hydrater. Même s’il fait nuit et bien qu’il ne fasse pas trop chaud, je sais que c’est mon point faible et je ne vais prendre aucun risque. Il y a une animation musicale qui me remonte le moral. Au moment où je m’apprête à partir le groupe auvergnat se met à danser la bourrée sur « Magic System ». Je décide d’attendre la fin de ce moment avant repartir.

CP1 Velzic : 346/467

 

Au moment où je décide de repartir, je m’aperçois que je suis seul à quitter la salle. Je j’attends donc quelques minutes afin de pouvoir repartir avec un groupe. Il y a finalement 3 personnes qui partent et je me raccroche à eux. Nous sommes rattrapés rapidement par un coureur avec un chapeau de paille. Je serais amené à le revoir plusieurs fois tout au long du parcours, jusqu’au ravitaillement de Mandailles. N’ayant pas relevé son prénom ni son numéro de dossard, je décide de le surnommer « l’homme au chapeau de paille ». Nous partons tranquillement sachant que nous attaquons un gros morceau du parcours puisque nous partons de Velzic à 707m pour arriver au sommet de l’Elanceze à 1571 m soit un gain d’altitude de 854m mais avec les 2 petites descentes, ce ne seront pas loin de 1000m  d’ascension que ma montre affichera en arrivant en haut. Si cette partie représente la plus grande montée, ce ne seront pas les plus fortes pentes. Je décide tout de même de sortir les bâtons, je n’ai jamais couru avec et ça me permettra de m’y habituer.

La première partie dans les bois est très agréable. Les petits groupes sont assez isolés et ce n’est que lorsque nous sortons du bois que nous apercevons une longue file de lucioles qui s’étend jusqu’au sommet de l’Elanceze. L’ascension de nuit est agréable, je me sens mieux. Mon cerveau ne me dit plus d’abandonner mais de profiter du moment présent. Il ne fait pas trop froid mais au fur et à mesure que nous montons, le vent commence à souffler. Pour moi la température reste supportable mais beaucoup de coureur mettent leur veste. Avec le vent, mes bâtons se mettent à faire de la musique. J’ai mis un peu de temps à comprendre d’où venait ce sifflement, mais j’ai fini par trouver. Ce son était produit par le vent qui lorsqu’il s’engouffrait dans les trous de réglage de mes bâtons. J’avance doucement, je suis un peu frustré car j’ai l’impression que je pourrais me donner un peu plus.

Je me demande bien où sont les premiers.

Alors que nous approchons du sommet, vers 5h30, les premières lueurs de l’aube font leur apparition. Les autres sommets commencent à apparaître, tels des ombres chinoises. L’envie de continuer et d’en voir plus est bien là. Les idées d’abandon de la première partie se sont envolées et j’arrive serein au deuxième ravitaillement, celui du Pas de Peyrol.

Source: vincerunner

Je prends mon temps au ravitaillement, comme d’habitude. Et je décide de repartir tranquillement. « L’homme au chapeau de paille » repart quasiment en même temps que moi. Au bout de quelques mètres j’engage la discussion avec un autre coureur. Son objectif est d’arriver la nuit, comme moi. Il me fait remarquer que pour le moment nous sommes à une allure qui nous permettrait d’arriver en moins de 20h à condition de la garder mais nous n’avons pas encore attaqué le plus dur. Nous discutons un moment avant d’attaquer la grande descente vers les Chazes. A un moment, le coureur avec qui j’étais en train de discuter me dit de ne pas l’attendre car il sent une douleur dans le genou. Je continue donc ma descente et que constate que ma vitesse moyenne remonte bien. C’est encourageant. Je dépasse l’homme au chapeau de paille. Je suis meilleur que lui en descente mais il est nettement meilleur que moi dans les montées et sur le plat.

CP2 Col du Pertus : 336/459

J’arrive enfin aux Chazes. Un petit arrêt à la source pour se mouiller la tête et je repars. Je sais que c’est un gros morceau qui m’attend, on nous l’a rappelé lors du briefing.

J’attaque donc cette ascension qui va s’avérer être d’une grande difficulté en raison des vents particulièrement violents. Il me faudra un peu plus d’1h30 pour arriver au sommet. Pendant ce temps je serais dépassé par le coureur avec qui j’avais discuté et qui avait mal au genou ainsi que par « l’homme au chapeau de paille ». Tout au long de cette ascension, j’ai eu peur de perdre de mon dossard. Néanmoins, les paysages et la flore observés lors de cette ascension sont magnifiques. Je me dis que le Cantal est vraiment magique.

Source: vincerunner

L’arrivée au sommet ne marque pas la fin du calvaire, loin s’en faut. En effet, il faut parcourir un long chemin sur la crête avant de redescendre vers la station de Super Lioran. Là encore, il me faut rattacher mon dossard à plusieurs reprises. Un passage un peu technique, enfin pour moi, me ralentit un peu. Il s’agit d’une échelle en fer à béton fixée dans le rocher. Ce n’est pas très haut mais je panique un peu. Je laisse passer quelques coureurs plus agiles que moi avant de me risquer prudemment sur ce passage. Je commence donc à me retourner pour prendre position sur le premier barreau non sans peine et non sans mal. Déjà des coureurs arrivent derrière moi et je les sens impatients. Finalement j’arrive à descendre et à repartir. Après un petit moment, la descente commence. Les cuisses sont un peu dures mais j’arrive à avancer. Je rattrape mon compagnon dont le genou va mieux et un autre coureur. La descente est un peu technique mais je ne m’en sors pas trop mal en utilisant mes bâtons comme des bâtons de ski.

Source: vincerunner

C’est au bout de 9h51 de course que j’atteins le Lioran. Je me sens plutôt bien, même si la descente vers la station était plus dure que celle des Chazes car mes cuisses commençaient à tirer.

Source: vincerunner

Je profite du ravitaillement et je réalise avec effroi que j’ai oublié ma crème solaire, le câble de chargement de la Garmin et celui du téléphone mais pas la batterie d’appoint qui du coup ne m’est d’aucune utilité.

CP3 Super Lioran : 300/392

Je décide de repartir seul au bout d’un bon quart d’heure. Je ne le sais pas encore mais l’enfer va commencer. Bien qu’à la station le sol soit plat je n’arrive pas à courir. C’est donc en marchant que je m’avance vers les pistes de ski qui vont me mener à Fond d’Alagnon. J’arrive encore à trottiner un peu dans la descente mais ce n’est pas facile. Mes cuisses sont de plus en plus contracturées.

Finalement, j’attaque l’ascension du « Bec de l’aigle ». Le départ est en sous-bois un peu ombragé mais je sens la chaleur qui monte. Depuis Fond d’Alagnon, il y a un peu plus de 500m d’ascension. Je me dis que c’est moins que le plomb du Cantal et que ça devrait aller. C’était sans compter sur la fatigue déjà accumulée… Je me fais dépasser par quelques coureurs. Lorsque nous sortons du sous-bois, le soleil tape fort. La chaleur est accablante. Dès que je commence à monter un peu, le vent fait à nouveau son apparition. J’ai encore peur de perdre mon dossard. Arrivée en haut je souffle un peu et en profite pour admirer la magnificence des paysages. Je me dis que le plus dur est fait mais la suite me donnera tort.

Source: vincerunner

J’attaque donc la ligne de crête. Je n’arrive plus à courir. Lorsque des coureurs me dépassent, je tente de me raccrocher à eux en trottinant mais je suis rapidement distancé. Je suis rattrapé et dépassé par l’homme au chapeau de paille. J’attaque la descente vers le col de Cabre et la brèche de Roland. Cette descente est un peu technique et je ne me sens pas spécialement à l’aise. J’ai souvent peur de tomber. Arrivé au col de Cabre, il faut franchir la brèche de Roland et là je suis prêt à abandonner tellement ce mur vertical me fait peur. Je commence à paniquer. Les secouristes présents sur place tentent de me rassurer et proposent de m’aider à passer cette brèche. La première secouriste passe devant moi pour me montrer la voie, tandis que le deuxième me suit avec mes bâtons. Arrivé en haut je suis heureux et je les remercie chaleureusement. Jamais je n’aurais pensé réussir. Je reprends mon chemin en direction du Puy-Mary. C’est de plus en plus dur et la chaleur est difficilement supportable.

L’ascension du Puy Mary ne se passe pas trop mal. Une fois en haut, je me dis qu’il ne me reste plus que 2 ascensions et j’en ai fini avec les grosses montées. La redescente vers le Pas de Peyrol commence. Je la trouve un peu technique et j’ai beaucoup de mal à courir à l’arrivée ce sont des escaliers et je les descends doucement. Je suis vraiment dans le dur. Une idée d’abandon me traverse l’esprit mais je m’y étais préparé mentalement. Je fais donc un point de situation et décide qu’il n’y a aucune raison d’abandonner. Je profite du ravitaillement pour bien m’hydrater et manger. Je constate, l’abandon d’un certain nombre de coureur à cet endroit.

 

CP4 Pas de Peyrol : 275/384

Je décide de répartir car il reste un gros morceau, l’ascension du Puy Chavaroche. Le départ se fait en descente le long du parking. Je décide de partir côté piéton mais il y a plein de rainures assez profondes dans le béton, sans doute pour éviter de glisser en hiver, mais je manque de me faire une entorse et je poursuis sur la route. Rapidement, le balisage me fais bifurquer vers les prés où règne une végétation luxuriante. J’ai du mal à avancer. Mes jambes sont raides… Je vois des coureurs me dépasser progressivement. J’avance difficilement dans les hautes herbes. Cette végétation me joue des tours. Je ne vois pas un trou et je tombe les 2 pieds dedans. Mes bâtons se mettent en travers du trou et j’atterris dessus, comme sur une chaise. Heureusement que je n’avais pas des bâtons en carbone, car je crois qu’ils auraient cassés. Je repars et je me fais encore dépasser. Le moral en prend un sacré coup. Le chemin remonte et j’aperçois au loin le sentier qui mène au sommet du Puy Chavaroche. A l’endroit où les 2 chemins se rejoignent, j’aperçois un ravitaillement. C’est l’un des ravitaillements supplémentaire rajouté par l’organisation à la dernière minute. Ils en avaient parlé la veille au briefing. La prochaine fois je prendrais des notes pour m’en souvenir. Il n’est pas très éloigné du précédent et beaucoup de coureurs ne s’y arrêtent pas. Moi je décide de m’y arrêter, je crains la déshydratation comme la peste et le choléra réunis. Même si je n’ai pas beaucoup bu depuis le dernier ravitaillement, je me dis qu’il vaut mieux prévenir que guérir et je refais le plein de ma poche. J’en profite pour boire aussi et manger un peu. J’ai dû perdre pas mal de temps à ce ravitaillement car 2 coureurs qui m’avaient dépassé juste avant le ravitaillement sont déjà presqu’au sommet. Et un coup de plus au moral. Je poursuis donc mon chemin. Je suis quasiment seul tout le temps. Seuls un ou deux coureurs me dépassent. J’arrive enfin de sommet et le paysage est magnifique et le moral revient un peu, mais pas pour longtemps. Commence alors la longue descente vers Mandailles. Je n’arrive plus à courir. J’avance difficilement. Des coureurs me dépassent en trottinant. J’essaye de faire comme eux mais je n’y arrive pas. Des coureurs me rattrapent. Je me mets sur le côté pour les laisser passer. Même les randonneurs me dépassent…

Source: vincerunner

J’avance donc comme je peux, l’idée d’abandonner est de plus en plus forte dans ma tête. Alors que je suis presque arrivé sur Mandailles, une randonneuse qui m’avait dépassé un peu plus tôt est en train de discuter. Je la dépasse mais elle me rattrape rapidement et nous commençons à discuter. Je lui dit que c’est trop dur et que j’ai envie d’abandonner. Il me rétorque que tant que je peux marcher il faut continuer. Un groupe de coureurs nous rattrape et m’encourage et je leur parle d’abandonner il me font la même réponse que la randonneuse. Nous entrons dans Mandailles, et je parle à ma compagne de route des souvenirs d’enfance que j’ai ici. Je lui parle notamment de l’épicerie de Guiguitte Vigouroux qui faisait les meilleurs mille-feuilles de tout le Cantal. J’apprends que cette épicerie existe toujours et qu’il y a encore ces délicieux gâteaux. Cela lui donne une idée de goûter.

Je me dis que si j’abandonne ici, j’irais en acheter un.

Nous nous séparons juste avant d’arriver au ravitaillement. Une fois arrivé, je constate que la plupart des coureurs qui m’avaient dépassé sont toujours là. Je leur parle de mon désir d’abandon. Une fois de plus j’ai droit à la même réponse. Je suis largement dans les temps et si je peux marcher alors je dois continuer. Je décide de les écouter.

Je profite donc du ravitaillement, je bois beaucoup et je me restaure comme il faut. Toujours  cette peur de la déshydratation. Tous les voyants sont au vert. C’est du moins ce que je crois…

CP5 Mairie de Mandailles : 291/366

Je repars donc sereinement, je manque de me tromper d’itinéraire le long de la Jordanne, heureusement, des jeunes en train de se baigner me remettent sur le droit chemin. Je marche tranquillement. Je suis rattrapé par d’autres coureurs mais j’en rattrape d’autres aussi. Sur cette partie je passe mon temps à être rattrapé par des  coureurs que je re-dépasse un peu plus loin. Cette première partie est en sous-bois, ce qui atténue un peu la chaleur accablante.

Environ 4 km après le dernier ravitaillement, je commence à avoir très soif. Je bois quelques gorgées d’eau mais ça ne me calme pas. Je commence à paniquer car je sais qu’il reste environ 12 km avant  le prochain ravitaillement. Je ne tiendrais jamais jusque-là. Je décide de me restreindre en eau. Je me dis que je ne vais boire que 5 gorgées tous les km. Je n’y arrive pas. Je bois bien cette quantité mais tous les 600m. Nous sortons du sous-bois et le soleil recommence à taper. J’aperçois de l’eau qui coule, j’ai envie de me mettre par terre et de boire. Je sais que les sources du Cantal sont potables même si ce n’est écrit nulle part. Souvenir de mes activités à la maison des volcans quand j’étais jeune… Mais là ce n’est pas la source.

Je continue d’avancer. J’aperçois un abreuvoir à vache. J’ai envie de plonger dedans et de boire toute l’eau. Heureusement il me reste encore un peu de raison et je ne le fais pas mais je manque de faire demi-tour un peu plus loin. Je poursuis donc l’ascension et j’aperçois le sommet. Il me reste encore un peu d’eau mais pas de quoi tenir jusqu’au prochain ravitaillement. Je décide de me restreindre encore un peu.

La redescente commence. Ca y est, le plus dur est fait mais je suis mort de soif.

Au loin j’aperçois un buron avec des gens sur son toit. Je commence à me dire que s’ils ont une bouteille d’eau je suis prêt à la leur racheter avec le billet de 20€ qui se trouve dans mon sac. J’accélère un peu tellement j’ai soif. J’aperçois un chien qui ramène un bâton. En arrivant, je m’aperçois que ce sont des secouristes. Encore un ravitaillement rajouté à la dernière minute par l’organisation. La prochaine fois je prends des notes au briefing. C’est en fait une équipe de 5 personnes, il y a une infirmière, deux pompiers, ce sont eux qui étaient sur le toit du buron et que je voyais de loin, et un autre homme. Je leur demande s’ils ont de l’eau, que je suis au bord de la déshydratation. L’homme me montre un gros jerrican de 10l. Je leur dis que je suis capable de tout boire. Il me dit d’y aller et de boire tout ce que je veux. Et je bois, je bois encore et encore. Lorsque je ne plus boire je fais le plein de mon sac. Le prochain ravitaillement est encore à 9 km.

J’ai la tête qui tourne un peu, je commence à avoir froid. Curieusement, je ne supporte pas le soleil et j’ai froid à l’ombre. Je ne me sens pas bien. Finalement, je m’allonge où je peux dans un endroit ombragé car le soleil est trop insupportable. J’ai la tête sur un morceau de métal rouillé et la main à côté d’un bout de fil de fer barbelé.

J’aperçois deux coureurs qui arrivent après moi. J’en reconnais un avec qui j’avais fait un bout de chemin sur le puy Chavaroche mais qui m’avait dépassé et que j’avais retrouvé à Mandailles. Il s’était retrouvé derrière moi lors de l’ascension du Cabrespine. Il annonce qu’il abandonne.

Voyant que je suis allongé, la secouriste vient vers moi pour me demander si ça va et prendre mes constantes. Celles-ci sont bonnes mais je ne me sens pas bien. J’ai des hauts-le-cœur.

J’ai froid, je veux me mettre au soleil mais le moindre mouvement est douloureux. Dès que je réussis un peu à bouger, le soleil me brûle et je retourne à l’ombre même si j’ai froid.

Ma décision est prise. Je sais que je ne peux pas continuer. Il faut que j’abandonne.

J’appelle la secouriste pour lui faire part de ma décision. Elle me demande où est mon sac pour récupérer la deuxième puce qui lui est attaché. Elle revient vers moi, me demande si ça va. Je lui dit que non, que je ne me sens pas bien et que je dois être déshydraté. Elle me dit de me reposer un peu en attendant que l’eau que j’ai bue fasse son effet.

Je sors ma couverture de survie pour me réchauffer un peu. Je me couvre avec et je me mets à pleurer. Je ne peux plus m’arrêter, heureusement personne ne peux me voir. Cette décision d’abandonner est dure à digérer.

Je décide de bouger pour mettre au soleil car j’ai trop froid. Alors que je tente de me mettre sur le côté pour me relever, je me mets à hurler. Comme à l’arrivée de l’UTBDM, j’ai des crampes de la tête aux pieds. La douleur est insupportable.

Les pompiers arrivent pour m’aider et me demandent si ça va. Je leur explique ce qu’il m’arrive. Ils m’aident à me mettre au soleil. Ils discutent avec l’infirmière et finalement décident de me perfuser car l’eau ne suffit pas pour lutter contre les crampes.

L’infirmière me pique le bras et fixe la poche à un bâton de randonnée. Je sens à peine la piqûre. Toute l’équipe est aux petits soins pour moi. On plaisante, ils me remontent le moral. Ils me proposent à manger mais je n’ai pas spécialement faim.

Source: vincerunner

Derrière moi les abandons se multiplient. Ils commencent à parler de la logistique pour rapatrier tout le monde. Un premier voyage est organisé pour emmener les coureurs ayant abandonné vers le col de Legal où les attend une navette.

Comme je suis perfusé, ils décident de me rapatrier directement sur Aurillac pour que je vois un médecin à l’arrivée mais il faut attendre le passage des serres files pour fermer le ravitaillement.

La perfusion me fait du bien je me sens mieux, j’arrive à bouger. Comme le soleil commence à décliner, j’y suis moins sensible. Je m’assois sur un mur et je discute avec l’équipe. Il y a un bonne ambiance. D’autres coureurs abandonnent. C’est l’hécatombe.

Parmi ceux qui abandonnent, se trouvent un médecin, encore en forme mais qui sait qu’il ne passera pas la barrière horaire. Nous discutons tous les deux. Je lui expose mon problème, assez récurrent de déshydratation. Il me conseille de regarder du côté de l’hyponatrémie, le manque de sel, et de manger plus de salé sur les ravitaillements où de rajouter des pastilles de sel dans ma boisson, surtout quand il fait chaud car nous ne sommes pas tous égaux devant la déshydratation. Promis, je vais suivre son conseil sur mes prochaines courses.

L’infirmière me change ma poche de sérum physiologique elle m’explique que c’est préférable vu mon état. Je la crois sur parole.

Il y aura finalement un deuxième voyage vers le col de Legal pour la navette…

Les 2 serres files arrivent finalement. C’est le signal du départ. Le temps de ranger toutes les affaires et me voilà dans le 4*4 qui me ramène vers Aurillac. Malgré l’abandon je profite du paysage. Nous sommes un peu serré, mais l’ambiance est bonne, on plaisante, on rigole…

Petite escale au col de Legal pour déposer les pompiers qui y ont leur voiture et nous poursuivons notre chemin sur Aurillac. L’infirmière me propose quelques chips pour me restaurer un peu. Ca fait du bien.

Arrivé à Aurillac on m’installe sur une table d’examen en attendant le médecin. J’en profite pour appeler Géraud pour qu’il vienne me chercher. Il arrive rapidement accompagné de sa sœur.

Le médecin m’examine et me dit que tout va bien. On m’enlève ma perfusion. Pour la première fois depuis 6h30 du matin l’envie d’uriner revient. C’est bon signe.

Isabelle fait le nécessaire pour que les Kinés viennent me masser, j’ai un peu honte car je suis plein de boue alors que les autres personnes se sont douchées avant. Les kinés me disent que ce n’est pas grave et qu’elles ont l’habitude. Alors je me détends et je profite.

Le retour vers la voiture est difficile mais je ne me sens pas trop mal.

Je profite de la douche en rentrant, elle me fait beaucoup de bien. Le repas préparé par la maman de Géraud est salvateur.

Il m’aura fallu du temps pour écrire ce CR mais je pense qu’il en valait la peine. Je me pose encore beaucoup de question suite à cet abandon. Suis-je vraiment fait pour ce type d’épreuve ? Ai-je le niveau ? Ne devrais-je pas arrêter ?

Je n’ai pas encore toutes les réponses à ces questions mais une chose est sûre, je reviendrais l’année prochaine sur cette épreuve car un seul essai ne suffit pas à juger. D’ici là je vais travailler et progresser pour être le plus en forme possible. Car si je ne dois retenir qu’une seule chose de cet abandon, c’est qu’il me faut travailler intensément mes points faibles , comme l’endurance des quadri et des ischios, ainsi que la sangle abdominale.

 

 

 

 

 

 

 

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Ultra Trail de la Brie Des Morin 2017 : une course douloureuse…

UTBDM 2017

C’est ma deuxième participation à l’Ultra Trail de la Brie Des Morin. J’avais gardé un excellent souvenir de la précédente édition, du coup je me suis inscrit dès l’ouverture des inscriptions, ce qui m’a valu de courir avec le dossard N°1

Cette année est particulière à double titre, d’abord parce que j’ai couru le marathon de Paris 3 semaines avant et que ma récupération n’est pas complète et ensuite parce que j’ai convaincu un membre de mon équipe Squadrunner, Jérôme, de participer à cette aventure. Il est venu spécialement de Marseille pour courir avec moi.

Autant vous le dire tout de suite, cet ultra, je ne le sens pas…

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Marathon de Paris 2017 – Enfin le bon ?

Bon soyons clair dès le départ, entre le marathon de Paris et moi c’est une histoire d’amour et de haine. J’ai connu de bons moments avec lui mais aussi de très mauvais entre mon 4h00’14’’ de 2010 alors que je pensais passer sous la barre des 4h00, les canicules de certaines années (notamment 2014 et 2015)… Bref, au vu de la météo annoncée ce jour-là, je m’attendais au pire pour cette édition. Ceci sans compter la sortie calamiteuse le mercredi précédent et une crise de paludisme le jeudi  soir. Du coup, tous les signaux étaient au rouge pour cette édition. Continuer la lecture

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Mon Ultra Trail de la Brie Des Morin

Mon Ultra Trail de la Brie des Morin

Voilà un petit moment que je n’avais pas rédigé de compte rendu de course mais mon premier Ultra Trail en mérite bien un.

Tout a commencé il y a un peu plus d’un an alors que Vesna Baron me contacte via Facebook. Sa proposition me semble alléchante : Des trails sympas, proches de chez moi, une bonne ambiance etc. Si ce n’est pas le Paradis, ça y ressemble fortement. Il y a toutes les distances du 10 km jusqu’à l’Ultra Trail de 87 km. Il y a un petit moment que songe à faire de la longue distance, surtout depuis que j’ai échangé avec Greg Runner en commentant ses récits de courses et en discutant avec Luc. Comme en 2015, j’ai couru le marathon de Paris et que la course tombe 15 jours après, je décide de m’inscrire sur le 10 km, la course des têtards. Cette distance me paraît raisonnable après un marathon et me permettra de me faire une idée car je n’ai jamais couru de trail. A l’issue de cette course, je suis reparti avec un sentiment de frustration car je reste persuadé que j’aurais pu faire beaucoup plus. Cette année j’ai donc décidé d’aller plus loin. Continuer la lecture

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Aventures New-Yorkaises

Tout avait pourtant bien commencé, préparation dans les règles de l’art : fractionné, sorties longues, PPG etc. Il faut dire qu’avec mes coachs Jiwok et Fysiki j’étais bien encadré. J’avais en plus fait de très bonnes perfs sur le Paris-Versailles et les 20 km de Paris. Bref, tout était parfait pour que ce marathon se passe bien, d’autant que j’étais parti sans objectif de temps, juste pour prendre du plaisir et surtout pour ne pas souffrir. Seulement, voilà, à une semaine du marathon, je tombe malade (maux de gorge et nez qui coule). Rien de grave me direz-vous, juste un petit rhume de rien du tout qui devrait guérir en une semaine et ça devrait aller pour le marathon. Et puis comme, comme on dit, pour soigner un rhume c’est 7 jours sans médicaments et une semaine avec des médicaments. Bon, comme je ne fais qu’à moitié confiance à ce genre d’adage, je prends quand même des pastilles pour la gorge, un peu de paracétamol pour la douleur et la fièvre et quelques grogs.

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